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Interview de Kaïssa Doumbe Moulongo, artiste Camerounaise, basée a New York, aux USA
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30 JUILLET 2012
© Jean-Jacques ESSOMBE | Cameroon-Info.Net
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Kaïssa Doumbe Moulongo, artiste Camerounaise, d’une immense discrétion, nous livre dans son dernier album, l’expérience puisée dans le patrimoine culturel Noir des mélodies et des textes simples qui sont autant de chef-d’œuvre poétiques
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Kaïssa Doumbe Moulongo est une esthète du chant, une amoureuse des sonorités exquises et originales. Kaïssa livre une musique éthérée et scintillante qui vient de son cœur. Cameroon-Info.Net a rencontre l’artiste à NYC et l’entretien à surtout porte sur le thème de « I Am So Happy » son second album solo.




Kaissa
Photo: © Kaissa
C.I.N: Bonjour Kaïssa Doumbè Moulongo. Alors, Qui est Kaïssa ?

Kaïssa: Je suis née Sylvie Marie-Claude. Les années 80 ont été pour moi celles d’une profonde prise de conscience, en tant que jeune africaine vivant en France. J’avais 15 ans quand je découvrais alors les écrits de Check Anta Diop «Nations nègres et cultures 1 et 2», Angela Davis, le combat contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud. Simultanément, J’entamais la lecture des ouvrages de feu mon Père, Tete Doumb’a Moulongo : « les Coutumes et le Droit au Cameroun », « le Ngondo ». Sylvie Marie-Claude ne cadrait plus tout à fait avec mon évolution d’alors et avec tout ce à quoi j'aspirais. Je tentais de me définir et la quête d’une nouvelle identité, la finalité. Il me fallait donc un nom plus représentatif de la jeune fille Africaine que j’étais ! Mon amie Béninoise (clin d’œil) me suggéra alors Kaissa. Je l’ai adopté depuis. Je suis une amoureuse de l’Art et je vis intensément chaque moment de la vie.


C.I.N: en parcourant ton site, www.kaissa.com tu présentes en plus de tes deux albums solo tes collaborations avec d’autres artistes, et non des moindres : Manu Dibango, Césaria Evora, Brice Wassy, Awa Maïga, Koffi Olomide, Akendengue, André Manga, Jack Djeyim… ces rencontres musicales ont-elles joué un rôle important dans le « making of » de Kaïssa l’artiste solo ?

Kaïssa: Le cosmopolitisme et le multiculturalisme du Paris des années 80 ont été pour moi sources d’inspiration. Les séances en studio avec Césaria Evora, Manu Dibango, Géo Masso, Roméo Dika, Salif Keita, Papa Wemba, Toto Guillaume, CharlElie Couture, Teta Lando, Grace Decca, Raymond Doumbe mon bassiste de frère, sans oublier Philipe Nikoue Lawson qui a fondé le groupe Alafia, la magnifique Medy Dayas, (sœur du Grand Stephan Dayas de ESA), ainsi que mon ami Alain Agbo le guitariste; ce petit monde constitue le fondement de ma carriere d’artiste, notamment ma carriere de choriste et de chanteuse. Je travaillais avec des personnes complètement différentes toutes les semaines. Tous ces musiciens ont été à des degres divers des exemples à suivre, des références de chaque instant. Ils m’ont inspirée et encouragée. Ils ont également influencé d’autres aspects de ma vie (et pas seulement ma vie musicale). L’omniprésence de mes ami(e)s et Les émissions de télévision auxquelles j’ai régulièrement conviées (Champs Élysées, Salut Manu, Cadence 3 et bien d’autres…) ont contribué à l’élaboration de la rigueur au travail qui est la mienne.


C.I.N: « I Am So Happy » est un opus qui s’écoute en Duala bien-sûr, mais également en Baka, en Mandingue (Keita), en Xhosa (Makeba). Le titre de l’album est d’ailleurs en anglais. « I Am So Happy » est-il un voyage dans le Monde Noir?

Kaïssa: Oui c’est un hommage au Monde Noir, dans ses joies et ses turpitudes. Je voulais aussi briser les barrières de la langue et explorer les rythmes afros, Afro Bear, Blues, Jazz, Ashiko. C’est un hommage à Miriam Makeba, Charles Ewanje Epée, Fela Kuti, et beaucoup d’autres. La musique a toujours été pour moi un terreau de la lutte contre les injustices et mon talent un outil indispensable à la délivrance de mon message d’amour et de solidarité entre les peuples, tout spécialement le Peuple Noir et ses diverses composantes.

Le Monde Noir et les conflits qui le traversent, ses réalités socio économiques. « A Ghetto In The Sahara » est le récit d'une femme africaine tentant d'emmigrer au Nord (Europe ou Amérique du Nord). Forcée sur les bateaux hier, aujourd’hui indésirables...rejetée. « Eyala » est un hommage aux Babambe, les ancêtres, qui nous enseignent, nous montrent la voie de par leur sagesse et leurs sacrifices. « Nengue Dipita »les challenges et vicissitudes de la vie, l'assurance qu'il y a suffisamment de magie et de force intérieure chez chaque humain. Ce sont autant d’éléments nécessaires à la création d’un monde meilleur.


Kaissa
Photo: © Kaissa



C.I.N: l’Introduction est un chant polyphonique Baka « pygmées » dans lequel tu fais toutes les voix et tous les effets vocaux. D’où t’es venue l’idée d’inviter le chant Baka dans ton album ?

Kaïssa: plusieurs personnes m'ont demandé qui sont les Baka. Avant de vous le dire, permettez-moi de vous expliquer ce qu’ils représentent pour moi: la générosité, le génie, Le respect de la nature avec laquelle ils vivent en parfaite harmonie. Ce peuple à une grande connaissance de la nature et possède les génies de la musique. Les Baka sont également d’une très grande spiritualité. Ils sont parmi les plus anciens habitants du
Cameroun et des pays voisins. Les Baka, également connus sous les noms Bebayaka, Bebayaga, Bibaya ou Babinga, sont un groupe ethnique vivant
Dans les forêts tropicales sud-est du Cameroun, la République du Congo, le nord du Gabon, et le sud-ouest de la République centrafricaine. Ils ont été historiquement appelés pygmées ; le terme semble aujourd’hui péjoratif.

Ceci étant dit, pourquoi j'enregistre une chanson en leur hommage, Ils sont
Sérieusement menacés. La pauvreté, la famine endémique, le manque
D’éducation et de soins médicaux de base, l'isolement social et leur
Exclusion du processus de prise de décision politique sont quelques
Uns des graves problèmes qu’ils subissent. La destruction de leur mode
De vie traditionnelle, la jungle pillée les ont forcés à cesser de vivre
Dans les forêts tropicales, socle de leur culture. Il y a beaucoup
D’histoires et de préjugés Bantous à leur encontre. J'en ai été témoin.
Lorsque j’étais petite, enfants et adultes les insultaient, ils ont été
Largement déconsidérés et carrément ravales au rang de sous-hommes, «Oh, ils n'ont pas de civilisation"... Disaient leurs voisins.

"Ils sont marginalisés par les Gouvernements. La communauté internationale a soutenu un certain nombre d'initiatives intéressantes, mais aucune stratégie globale visible n'existe pour l'avancement des peuples autochtones ou pour la protection de leurs droits fondamentaux, leurs droits, leurs habitats naturels, ont été violés depuis trop longtemps ... «Dans une génération, beaucoup de leurs propres méthodes traditionnelles auront définitivement disparu. »


C.I.N: « Mandjou » est chanté a capella, comme une invocation. « Afro Beat » le titre qui suit juste après est un Afro-beat bien rythmé avec des riffs de guitares dansants, des talking-drums. L’enchaînement des deux semble concilier deux contraires, deux facettes du chant africain. Ce choix a-t-il un sens particulier ?


Kaïssa: Comme je le disais plus tôt, j’ai voulu présenter le Monde Noir dans sa richesse et sa splendeur, la pluralité de ses rythmes. Je vous invite à voyager du Mali au Nigéria jusqu’en Afrique du Sud en passant par mon Mboa (Ndlr le Cameroun). Une simple présentation des musiques et genres que j’ai eu le privilège de chanter en tant que choriste en France.



C.I.N: Pourrait-on voir dans ce titre un clin d’œil à Fela Kuti et à King Sunny Ade ?

Kaïssa: Afro Beat est une dénonciation des « accapareurs assoiffes du pouvoir » Et oui un hommage au Grand Fela. Un homme qui n’a jamais eu peur de « tell it as it Is ».


C.I.N: les univers musicaux de « I Am So Happy » pour divers qu’ils soient (chant Baka, Mandingue, Duala, rythmes de l’ouest du Cameroun, du jazz, du chant Xhosa, Reggae, Folk) sont fondus en un tout cohérent : quel est le secret de cette alchimie ?


Kaissa: Merci, vos mots me vont droit au cœur et je vois là que mon message est passé. J’ai voulu présenter de manière originale et selon le feeling mon cœur la mixité et la diversité rythmique et acoustique du Monde Noir, si riche, et prometteur. Le produit de ces mélanges et de cette ballade musicale est celui que vous connaissez aujourd'hui à savoir « I Am So Happy »


C.I.N: Tu parviens tellement bien à mimer les oiseaux qu’on a envie de te demander si pour toi ils sont les chanteurs par excellence ? Est-ce que tu étudies les chants d’oiseaux?


Kaïssa : Hahahahahaha ! Votre question est très drôle… Ok les voix se sont faites aidées des machines également, sous formes de sons de claviers. Je voulais simplement recréer la nature sur « Lonon ». La chanson dédiée aux enfants. Un rappel des contes de l’enfance. Non. Je n’étudie pas les chants des oiseaux, du moins pas encore.


C.I.N: lorsqu’on écoute tes chansons la constante qui se dégage est un sens très poussé de l’esthétique du chant. Ton chant et tes harmonies vocales font l’objet d’un soin tout particulier. Que représente pour toi la voix ou le chant de manière générale ?


Kaïssa: La voix pour moi représente la sincérité, la spontanéité, la joie, les peurs, le combat, les échecs et les succès …



Kaissa
Photo: © Kaissa
C.I.N : « I Am So Happy » est ton deuxième album solo qui a succédé à « Living There ». Quelle est la différence entre les deux?


Kaïssa : Une petite correction, mon premier album s’intitule “Looking There”. Musicalement, ce qui m'inspire est un mélange d'émotions, d'expériences, et d'engagement. De ce fait, Je veux que ma musique parle aux gens, sans artifices ni altération. Je recherche l’honnêteté dans les paroles, dans la performance, et dans la présentation de mes albums. L'art est sacré pour moi, Je m’enracine toujours dans la vitalité culturelle de mon pays et de ma très artistique famille. Je crois fermement que ma mission en tant qu'artiste n'est pas seulement de divertir mais aussi d’offrir une compréhension artistique et culturelle en affranchissant les peuples de leurs différences socioculturelles et ethniques. Les thèmes abordés sont universels, « Looking There » est un album d’introspection, à travers lequel je “purge” mes émotions et me questionne. « I Am So Happy » est l'illustration de ma maturité en tant que femme et artiste, j’y exprime la certitude de ce que je veux vivre et voir dans le monde qui m’entoure.



C.I.N : Cameroon-Info.Net est « so happy » d’avoir pu réaliser cet interview. Merci d’avoir répondu de manière si ouverte aux questions portant sur ta musique. Nous souhaitons que le public réserve à « I Am So Happy » l’accueil enthousiaste qu’il mérite.


Kaïssa: Merci de m’offrir une tribune d’expression me permettant de me faire connaitre davantage par le peuple du Mboa.


Contact de Kaïssa:

http://www.kaissa.com
http://www.facebook.com/pages/Kaissa-Official-Page/185354177251

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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