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Sortie médiatique: Les contrevérités de Tchiroma
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DOUALA - 04 FEV. 2010
© François Bambou | La Nouvelle Expression
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Réagissant à une dépêche de l’Agence France Presse qui évaluait la sincérité de l’Opération épervier, le ministre de la Communication s’est longuement penché sur la question et n’a contribué qu’à en rajouter au flou
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Sortie médiatique: Pourquoi Issa Tchiroma n’a pas convaincu


Réagissant à une dépêche de l’Agence France Presse qui évaluait la sincérité de l’Opération épervier, le ministre de la Communication s’est longuement penché sur la question et n’a contribué qu’à en rajouter au flou.


Issa Thiroma Bakary
Photo: © LNE


Issa Tchiroma Bakary, le président du Front national pour le salut du Cameroun (Fnsc) et non moins ministre de la Communication de Paul Biya, voulait-il vraiment rassurer l’opinion, à travers sa sortie du 2 février ? Possible. Une chose est certaine, il a surtout montré son zèle à son patron, mais il n’a pas convaincu grand monde avec ses explications souvent embarrassées, toujours alambiquées, assorties de quelques contre vérités devant un panel de journalistes médusés, à qui toute relance embarrassante était manifestement interdite. Anglée sur l’opération de lutte contre la corruption au Cameroun, en réaction à une dépêche de l’Agence France Presse qui trouve des relents politiques dans l’opération épervier, la sortie d’Issa Tchiroma Bakary avait la prétention « d’éviter toute désinformation sur la lutte contre la corruption ». Cette tribune a surtout servi à distiller quelques informations discutables.

Exemple d’information erronée du porte-parole du gouvernement, celle selon laquelle le député Rdpc de la Mefou et Afamba, Dieudonné Ambassa Zang, qu’il présente comme un fugitif, serait le seul dans cette situation. Pourtant, ils sont plusieurs dûment répertoriés qui, menacés par les serres de l’épervier, ont pris la poudre d’escampette bien avant l’ancien ministre des Travaux publics. On peut citer Hamadou Ousmanou, l’ex-directeur des affaires financières de la Société immobilière du Cameroun, qui s’est échappé la veille du jour où ses collègues étaient pris, porté disparu à ce jour. On cite également l’ex-directeur financier du Chantier naval et industriel du Cameroun qui a quitté le pays dès que ses comparses ont commencé à avoir des ennuis avec la justice.


Excès de zèle

Parmi les « fugitifs », le cas le plus emblématique reste assurément celui d’Yves Mbella qui s’est évadé avec une étrange facilité, en trompant la vigilance des gardiens de la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé, où il séjournait depuis quelques mois. Les autorités camerounaises sont sans traces de lui et aucun avis de recherche n’a manifestement été diffusé ni pour son cas, ni même pour celui des autres qui, avant lui, ont pris la clé des champs. A coté de ces quelques « célébrités » de l’Opération épervier, il y a de nombreux anonymes qui ont quitté le pays sur la pointe des pieds, redoutant les représailles sur l’usage douteux qu’ils savent avoir fait des fonds publics.

Manifestement très intéressé par l’aspect spectaculaire des arrestations, les autorités ont négligé l’efficacité, au point où le porte-parole du gouvernement ne sait même plus que de nombreuses personnalités camerounaises menacées par les arrestations sont en cavale un peu partout à travers la planète. Pourtant, aucun des confrères présents autour du Mincom n’a cru devoir le lui rappeler.

Pas plus qu’ils n’ont bronché lorsque le ministre de la Communication tentait de mettre la Constitution en pièces, en plaçant le président de la République au dessus de la Loi fondamentale, et lorsqu’il bafouillait de curieuses interprétations de la mise en œuvre de l’article 66. N’écoutant que son zèle et bien décidé à braver même le ridicule pour plaire à Paul Biya - qui n’en demande probablement pas tant - le ministre de la Communication n’hésite pas à tordre le cou à la Constitution, en concédant la latitude au chef de l’État de transiger comme il lui agrée sur les dispositions constitutionnelles, notamment celle relative à l’article 66 qui fait obligation aux titulaires des hauts postes publics de déclarer leurs biens.


Paul Biya: le problème

Le ministre de la Communication veut faire croire à l’opinion que le président a le choix d’appliquer et de faire appliquer cette disposition constitutionnelle qui nous aurait assurément épargné de nombreuses dérives.

Issa Tchiroma prétend que, d’une certaine façon, cet article est mis en œuvre. Selon lui, les poursuites judicaires dans le cadre de l’opération épervier se feraient sur la base d’une simple observation du train de vie des agents. Au-delà du fait qu’une telle assertion n’est pas vérifiée – les poursuites sont en général diligentées après rapport du Contrôle supérieur de l’État - il y a surtout le fait que la loi votée en 2006 organise les modalités de la déclaration des biens. A ce jour, il y a un seul blocage à la mise en œuvre de cette disposition constitutionnelle : Paul Biya. Près de 15 ans après l’institution de cette exigence constitutionnelle, il n’a ni signé le décret d’application du texte, ni nommé les membres de la commission censée recevoir les déclarations.

Allant plus loin, le Mincom explique à son panel de journalistes, à qui toute relance était manifestement interdite, qu’il ne se mêle pas des affaires du corps judicaire, tout en se faisant le devoir d’expliquer pourquoi et à quelles conditions la justice relâche certains mis en cause en échange du remboursement des sommes dues.


Le flou bien entretenu

Il annonce, avec un aplomb inimitable, que les autorités judicaires sont disposées à transiger avec quiconque viendrait et restituerait les biens mal acquis. « Les Camerounais préfèrent le remboursement des biens indûment prélevés à l’emprisonnement. C’est incontestable. Ce qui est également incontestable c’est que le code pénal autorise la transaction entre le juge et les prévenus. Tous ceux qui sont arrêtés aujourd’hui, si d’aventure ils sont prêts à restituer la fortune qu’ils ont indûment soustraite du Trésor public, les juges sont là, puisque le code pénal l’autorise, c’est possible de négocier. Sauf que, malheureusement, jusqu’à présent, aucun des détenus ne s’est manifesté pour dire «je suis prêt à rembourser ». C’est des rumeurs. Je dis aujourd’hui que parmi les prévenus, s’il y en a qui sont prêts à rentrer en transaction, ils sont les bienvenus. Cette restitution se traduira par l’extinction des poursuites ».

S’il est vrai que l’opinion publique s’est à maintes reprises prononcée en faveur du recouvrement des biens mal acquis au lieu des arrestations qui ne ramènent rien dans les caisses de l’État, ce n’est pas vrai de laisser croire que la justice camerounaise (dont M. Tchriroma ne fait pas partie) serait ouverte à la négociation avec quiconque voudrait bien rendre gorge. D’abord, aucune voix autorisée du corps judicaire, dont M. Tchiroma ne fait pas partie, n’a officiellement annoncé une telle démarche. Également, il est prouvé que parmi les prévenus et condamnés les plus célèbres, jamais cette possibilité ne leur a été offerte. Il y en a même qui, poursuivis pour des sommes « ridicules », auraient offert un remboursement contre leur liberté. En vain.Finalement, si la sortie du ministre de la Communication visait à rassurer l’opinion, il est désormais certain qu’elle n’a contribué qu’à en rajouter au flou et malentendu qui entourent l’opération de lutte contre la corruption au Cameroun.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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