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1 - Les « mercredi noirs » du marché Mokolo
Des barricades sont posées au lieu dit « Mokolo sapeurs » ce mercredi 11 novembre 2009. Les automobilistes qui se rendent au marché sont sommés de rebrousser chemin. «Allez contourner de l’autre côté», leur indique des agents de la police postés à l’entrée. Des vendeurs à la sauvette jouent au « petits goals » sur les trottoirs qu’ils ont transformé en stade de football.
Visiblement captivante, la partie ne manque pas de spectateurs. Encouragés par les youyous de ces derniers, les douze protagonistes multiplient des dribles et de belles actions. A une dizaine de mètres plus loin, un groupe de jeunes garçons a organisé une partie de poker. Là encore, les adeptes des jeux de hasard sont au rendez vous. Entre bouteilles de bière et cigarettes, la partie gagne en intensité. Adossées sur les barres métalliques qui jonchent la clôture du marché, quelques femmes observent impassibles la scène. « Ce sont des bayam-sellam qui viennent tacler », apprend t-on ici.
A l’intérieur du marché, l’ambiance n’est pas la même. Dans les couloirs, pas l’ombre d’un chat. Les boutiques et les comptoirs sont fermés. Un calme de nécropole s’est soudain emparé de ce marché très fréquenté. En lieu et place des commerçants, c’est plutôt des agents de la société d’Hygiène et de Salubrité du Cameroun (Hysacam) vêtus de leurs chasubles de couleur orange qui ont investi les lieux. Munis de balais, de pêles, de râteaux et de brouettes, ils procèdent au nettoyage du marché, sous l’œil attentif des agents de la Communauté Urbaine de Yaoundé (Cuy). Un peu plus loin, quelques agents de la police, des bidasses embusqués dans un camion anti-émeutes, ont entouré le représentant du préfet du Mfoundi et Gilbert Tsimi Evouna. Ces deux autorités ont fait une descente pour s’assurer que l’opération ironiquement appelée « Mercredi férié à Mokolo », est sur de bonnes voies. En effet, « aujourd’hui est jour de propreté générale. En plus du balayage que nous faisons ici toutes les nuits, nous assurons le débrayage de toutes les voies publiques qui conduisent au marché. Soixante de nos agents sont répartis en zones dans tout le marché », explique Aldin E, un responsable du service d’exploitation de Hysacam.
L’assainissement va de l’école publique de Messa jusqu'à la brigade de Madagascar. Puis, de la pharmacie Elobi jusqu'à l’ancienne gare routière de Douala en passant par les marchés du charbon, de l’oignon et des arachides. L’opération conjointement menée par Hysacam, la Cuy et la mairie de Yaoundé 2ème commence à 5h 45 et s’achève à 16h.
2 – Mfoundi au régime du « dimanche propre »
Au marché du Mfoundi, les trottoirs respirent, la route a l’air plus spacieuse les dimanche que pendant les jours ordinaires. Les taxis qui font le trajet « Poste centrale – Camair » circulent sans ombrage. Le vacarme assourdissant fidèle aux jours de marché a donné lieu aux bruits de pèles, de balais ou de râteaux. La propreté générale dudit marché est assurée par la société Hysacam, soutenue quelques rares fois par des commerçants soucieux de l’insalubrité dans leur environnement. Ici, l’opération est sensiblement la même qu’au marché Mokolo. A la seule différence que les agents de la Cuy n’ont pas besoin de gros bras pour veiller au grain. Ici, « tout se passe plutôt bien. Nous rendons le marché propre pour que les commerçants puissent se sentir à l’aise et débuter la semaine dans un environnement sain. D’ailleurs, ces derniers ont bien accueilli la nouvelle et n’hésitent pas quand ils le peuvent à se joindre à nous parce qu’ils reconnaissent que ce que nous faisons c’est dans leur intérêt », affirme un responsable du service d’assainissement.
L’essentiel des travaux repose sur le curage des caniveaux, le balayage des couloirs et l’assèchement des bacs à ordures. Malgré les intempéries qui s’invitent souvent aux travaux, les agents travaillent pendant environ sept heures sans relâche. Ces derniers soutiennent même que le travail est habituellement moins pénible car certains commerçants consciencieux respectent les règles d’hygiène qui leurs sont prescrites. Certes, le marché est aussi très fréquenté mais il y a encore des détaillants, notamment les bayam-sellam qui prennent la peine de verser les rebuts de marchandises dans les bacs posés pour la circonstance. Certaines indiscrétions révèlent même qu’une prime d’excellence sera attribuée dans les prochains mois au marché qui va se distinguer dans la lutte contre l’insalubrité. En outre, une autre prime sera destinée au rayon de vente de produits qui va briller par sa propreté et sa faculté à inciter les autres rayons à garder les étals, les comptoirs et les magasins propres.
3 – Tsimi Evouna «maudit»
La douleur est profonde chez les commerçants du marché Mokolo mais les responsables de la Cuy affirment que ceux-ci finiront bien par s’y habituer. Depuis le 20 octobre dernier, date à laquelle le Délégué du gouvernement a rendue publique la décision selon laquelle tous les mercredi est jour de propreté générale audit marché, l’ambiance bouillonnante et la cohue qu’on a jadis connues sur les trottoirs et dans les boutiques de ce marché donnent désormais lieu tous à une atmosphère plutôt tranquille. Un calme qui cache mal le courroux des commerçants et des vendeurs à la sauvette qui estiment que l’opération initiée par le Délégué du gouvernement vise essentiellement à déstabiliser leur activités quotidienne. Pour ces derniers «Tsimi Evouna aurait du choisir un autre jour que le mercredi pour faire la propreté dans le marché. Le dimanche par exemple nous aurait arrangé », pensent-elles. A en croire les commerçants, le mercredi était jusque là le seul jour de la semaine où les recettes étaient bonnes du fait de l’affluence des clients dans les boutiques. Pour l’occasion, parents, élèves, étudiantes et revendeurs envahissaient les comptoirs au grand bonheur des commerçants. Avec cette décision du Délégué qui s’abat comme un couperet, ces derniers n’ont pas fini de songer aux pertes qu’elle va entraîner dans leurs différentes activités.
C’est sans doute pour éviter ce flop que quelques commerçants ont développé une stratégie pour vendre sans se faire prendre par les agents de la Cuy. Après avoir passé le reste de la semaine dans des comptoirs, ils se transforment en vendeurs ambulants le mercredi. C’est le cas des marchands de vêtements qui se servent de sacs étanches communément appelés « sacs Mbandjock », dans lesquels ils gardent leurs produits à l’abri des regards. Pour aguicher les clients, l’approche est des plus originales. Sifflements, formules de flatteries, appels discrets… « Pstt ! Pstt ! La macho, on est toujours là. Partenaire il y a des destroy ici pour toi hein. Papa, la mocassin ci est faite pour toi. Viens voir là. C’est parfaitement ta pointure. Ma copine, ne passe pas sans jeter un coup d’œil ici », lancent sans cesse les vendeurs à la sauvette. Plusieurs clients manifestement pas au courant de la nouvelle mesure en vigueur depuis deux semaines dernière ont eux aussi du mal à accueillir la nouvelle.
Car « généralement ce n’est que le mercredi que je fais mes emplettes. Ce n’est que ce jour là que je dispose du temps. Puisque le marché doit désormais fermer, j’ignore comment nous allons vivre », déplore une ménagère. D’autres clients par contre se réjouissent de la bonne nouvelle car désormais « comme les clients sont rares, les commerçants sont obligés de vous faire de bons prix pour avoir de quoi se mettre sous la dent le soir ».
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