Wilfrid Etoundi. Un nom qui sonne certes, mais assurément inconnu du public amoureux d’une certaine variété musicale qui pullule en ce moment. En 2001, il avait quitté le pays un peu sur la pointe des pieds. Parti en aventure comme il aime à le dire mais avec pour prétexte d’accompagner un certain Ottou Marcellin, musicien émérite et non moins parrain de l’artiste. Ce dernier se rendait alors au Marché des Arts et des Spectacles Africains (Masa). Huit ans après, Willy comme on l’appelle affectueusement revient au «
mboa natal » avec dans ses valises son tout premier bébé qu’il a plaisamment baptisé «
bal intérieur ». Un cocktail de quatorze titres dans lesquels il est difficile d’esquiver la langue « Ewondo », langue d’origine de Wilfrid Etoundi. C’est que «
je me sens à l’aise à exprimer mes émotions à travers cette langue. Avec elle, je traduit mes joies, mes peines, mes rêves, je me dévoile en quelque sorte », confesse t-il. Un mélange savamment dosé de Bikutsi, de jazz et d’Ekang ; avec en prime une prédominance des notes de cette guitare acoustique qu’il ne quitte presque jamais. Pour tout dire, « bal intérieur », loin d’être de la famille de ces albums classiques est plutôt difficilement classable. Son géniteur lui-même le définit comme «
le fruit de plusieurs années de travail sans relâche, les premiers pas d’un bébé qui s’est crée un style à lui, une musique propre ». Pour un coup d’essai, on est tenté de dire que Wilfrid Etoundi a largement dépassé le cap d’un coup de maître. C’est en somme un chef d’œuvre à écouter sans modération.

Wilfrid Etoundi
Photo: © WE
Ça brûle à l’intérieur
«
Mama Dédé », premier titre de l’album donne vite le ton au mélomane. Il plonge celui-ci dans un univers nostalgique. Souvenir des moments passés au village auprès de la femme, de la reine qui l’a mis au monde… Tout y est pour plaire. «
Bal intérieur », titre éponyme est en quelque sorte une espèce de poésie Ewondo. Wilfrid explique comment ce bal là «
ça bouillonne en son cœur, sous un faux teint d’apathie. Des flots grondant de force et d’envie ». Le quatrième titre baptisé « Yaoundé » est un appel, un hymne, mieux un hommage rendu à cette ville qui doit son changement aux larmes versés par ses fils et filles. C’est Yaoundé dans sa splendeur et dans son dégoût. C’est Yaoundé la ville à la soixantaine de quartiers dont on est toujours fier de rencontrer. En écoutant le titre «
Mindili », on comprend vite que la vie n’est que ce temps qui passe et qu’il n' y a vraiment pas de saison éternelle. Sont aussi à écouter les titres «
Kahr Ma », «
Mouan Na » et « la
marche des choses ».
Wilfrid Etoundi dirions nous n’est pas auteur compositeur, chanteur. Il est simplement artiste. Artiste dans le sens où d’autres seraient plasticiens par exemple. Dans le fait, la toile qu’il peint reçoit dans ce « bal intérieur » son doigté de guitare. Toutefois, il est à craindre que cet album pour avoir été trop spirituel et trop travaillé égare les amoureux de la bonne musique. Coup de chapeau cependant à ce jeune loup sur qui le pays de Richard Bona, Etienne Mbappé et cie pourra sans doute compter pour assurer la relève. Ont collaboré à cet album, Marcellin Ottou, Alain Ateba et Serge Eloumou. Il est produit par Takana prod.