|
Alors que de sources concordantes un sommet regroupant les chefs d’Etat de la CEMAC est en vue, une rencontre Biya-Deby Itno aurait pu apparaître superflue. A priori. Ce serait pourtant faire peu cas de la solidité de l’axe N’Djamena-Yaoundé, Camerounais et Tchadiens ayant en commun une «histoire partagée», qui constitue un ciment pour leur destin. C’est dans cet esprit de dialogue et de concertation permanente que le président Idriss Deby Itno est arrivé mercredi dernier à Yaoundé.
Une marque d’amitié fraternelle qui n’a pas échappé aux observateurs. Encore moins au président Paul Biya qui a effectué personnellement le déplacement de l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen pour de chaleureuses retrouvailles avec son hôte dont l’image est quelque peu familière des populations de la capitale camerounaise. Ce qui explique la forte mobilisation observée chez les Yaoundéens aussi bien à l’arrivée qu’au départ du chef de l’Etat tchadien. Un voisin bien connu et apprécié des Camerounais.
Le décor ainsi planté, la visite du chef de l’Etat tchadien à Yaoundé s’est déroulée de la plus heureuse des manières, sans anicroche. Mieux : dans un esprit de franche collaboration, d’entente et d’estime réciproques. De l’accueil à l’aéroport, au dîner officiel au palais de l’Unité, en passant par le tête-à-tête dense entre les deux dirigeants : tout est allé comme sur des roulettes. Dans un esprit constructif. Au profit des populations de la sous-région d’Afrique centrale qui a pris conscience de ses performances mitigées sur le terrain de l’intégration.
C’est donc une visite certes brève, mais particulièrement enrichissante que vient d’effectuer au Cameroun le président Idriss Deby Itno. D’autant que nos deux pays ont une frontière commune de près de 1000 km et que le port de Douala représente le principal débouché maritime du Tchad par où transite l’essentiel de ses importations. Ses exportations aussi d’ailleurs. Ce qui condamne N’Djamena et Yaoundé à une concertation de tous les instants. Surtout dans un contexte sécuritaire marqué par une criminalité transfrontalière qui ne recule devant rien pour s’enraciner dans la région. Profitant en cela des frontières d’autant plus poreuses qu’elles sont artificielles. Or, sans paix et sans sécurité pour les hommes et les biens, point de développement. Point de progrès.
L’heure est à la sérénité, à la confiance en l’avenir. Avec ses mots, le président tchadien l’a indiqué sans ambage hier en se confiant à la presse peu avant de quitter Yaoundé. Un pas supplémentaire vient d’être franchi sur la voie longue et difficile de l’édification d’une Afrique centrale prospère, solidaire et respectée.
Idriss Deby Itno: «Je repars entièrement satisfait»
Propos recueillis par NDZINGA AMOUGOU
Hier à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, peu avant de s’envoler pour son pays, le chef de l’Etat tchadien Idriss Deby Itno a fait le bilan de sa visite de 48 h au Cameroun
M. le président, que retenir de votre séjour au Cameroun?
Je voudrais d’abord exprimer ma grande joie d’avoir eu cette occasion d’être au Cameroun, d’avoir échangé avec mon frère, le président Paul Biya. Je voudrais aussi saisir cette opportunité pour saluer chaleureusement, et remercier du fond du cœur, mes frères et sœurs du Cameroun, le gouvernement, le président Paul Biya lui-même, pour l’accueil fraternel et chaleureux qui nous a été réservé depuis notre arrivée ici. MM. les journalistes, comme vous le savez, le Cameroun et le Tchad partagent depuis longtemps une longue frontière et des relations les meilleures.
Au niveau de nos frontières, comme vous le savez, il y a des situations communes, de part et d’autre. Je voudrais citer un exemple d’intégration régionale, le pipeline Tchad-Cameroun qui, après 800 Km à l’intérieur du territoire camerounais débouche sur Kribi ; je citerai aussi comme exemple d’intégration, la route Moundou- Toubourou. Nos échanges s’étendent aussi dans le domaine de l’énergie notamment avec le barrage de Lagdo, cet élément essentiel pour le développement au Tchad
Avec le président Paul Biya, nous avons d’abord eu des échanges sur la coopération bilatérale. Nous avons pris tout le temps d’entrer dans les détails. Il ne nous reste plus qu’à renforcer cette coopération afin qu’il y ait une base solide de fraternité et d’amitié entre nos deux pays et nos deux peuples.
Cependant, au niveau de la sous-région, s’agissant de l’intégration, nous enregistrons tout de même un certain retard par rapport aux autres sous- régions du continent. C’est-là où je pense qu’il est important, à mes yeux, d’aborder la question avec le président Paul Biya pour qu’ensemble nous puissions examiner les moyens à mettre en œuvre pour aller vers une intégration de la CEMAC, voire de la CEAC.
Voilà en gros les questions importantes que nous avons traitées, et je vous assure que je repars très satisfait et même entièrement satisfait des échanges que j’ai eus avec mon frère Paul Biya. Je ne manquerai pas de continuer ces contacts physiques qui sont absolument nécessaires pour l’avenir de notre sous- région et celui de nos deux peuples.
M. le président, avez-vous abordé la question de la BEAC? Quelles attentes par rapport à la situation actuelle?
Nous avons abordé toutes les questions. Aucune n’est restée taboue. Il y aura un sommet bientôt à Bangui sur cette question, un sommet extraordinaire. Nous allons aborder cette question qui est une question extrêmement grave. Elle va être clarifiée et les filles et fils de la CEMAC sauront exactement ce qui est arrivé à leur institution. C’est un scandale dangereux, voire grossier ; mais nous ne laisserons pas du tout, quoi qu’il arrive, des doutes subsister sur le traitement de ce dossier ; et ça se ferra dans la transparence. Le monde saura ce qui est arrivé à la BEAC. C’est quand même notre maison commune. Nous nous retrouverons d’ici un mois à Bangui et alors vous saurez tout.
En tant que président en exercice de la CEEAC, quelles actions entendez-vous mener pour l’intégration de la sous-région?
La CEEAC fait partie des cinq régions d’intégration au niveau africain. Il a toujours été recommandé de renforcer les organisations sous-régionales au niveau africain avant d’aller vers une plus grande intégration. Certains pensent que nous avons pris du retard par rapport aux autres sous-régions ; personnellement, je ne le crois pas. Dans la CEEAC, prenez pays par pays. A part le Cameroun peut être et le Gabon, tous les pays membres ont connu au moins une situation de crise lors des 10 dernières années. Cette situation a annulé tous les efforts que nous voulions faire pour aller vers une plus grande intégration. il nous faut donc réaliser les objectifs qui étaient arrêtés au départ. Maintenant, on espère qu’avec la situation nouvelle, même s’il y a encore des cas de déstabilisation et des foyers de tension, avec l’apport de tous les frères chefs d’Etat membres, nous pourrons réaliser nos objectifs qui consistent à rattraper le retard accumulé et aller vers notre intégration . Ainsi, tous les citoyens de la sous région de la CEEAC seront finalement comme tous les autres. Et ils pourront alors se tourner vers le développement, vers le bien-être social.
|