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Château rouge: Mokolo en plein Paris
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PARIS, 29 Oct. 2009
© Jean Bruno Tagne à Paris | Le Jour
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Vendeurs à la sauvette aux prises avec des policiers, magasins achalandés en produits typiquement africains, marchandage en langues africaines, le marché de ce quartier de la capitale française offre une ambiance tropicale.
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Comme s’ils avaient vu le diable en personne ! Une dizaine de vendeurs à la sauvette se sauvent à toute vitesse. Ils emportent avec eux marchandises et charrettes, qu’ils tirent avec force. Dans leur course folle, ils laissent tomber des marchandises, mais personne parmi eux n’a le courage de s’arrêter pour les ramasser. Les policiers qui les font ainsi fuir sont au nombre de quatre.

Vêtus de leur uniforme bleu, ils marchent, le pas lent, tout en tapotant légèrement la matraque dans la main. Ils traquent les vendeurs à la sauvette qui s’installent sur le trottoir ou qui posent leurs marchandises sur les capots de voitures. Des scènes de ce genre sont régulières à Château rouge, quartier cosmopolite de Paris, dans le 18ème arrondissement. Il est réputé pour être l’un des endroits où l’on trouve le plus d’Africains dans la capitale française. A Château rouge, l’insalubrité et le désordre se côtoient au quotidien, surtout dans son marché, lieu par excellence où l’on trouve des produits alimentaires africains. Le wolof, le lingala, le mandingue, le bulu, l’éwondo et toutes sortes de langues africaines font partie du quotidien des habitués des lieux. A peine les policiers ont-ils tourné le dos que les vendeurs à la sauvette se réinstallent sur le trottoir et recommencent à héler les clients. Chaque passant est approché. Là c’est un vendeur de vêtements qui propose un tee-shirt ou un pull-over ; juste à côté, c’est un autre qui tente d’écouler ses « maïs chauds » et un peu plus loin, c’est une femme qui vante, à gorge déployée, les mérites de ses safous. Tous sont sur le qui-vive. Les yeux tournent sans cesse dans tous les sens pour s’assurer qu’un policier ne s’approche pas. Dans le marché proprement dit, où les boutiques sont alignées le long des rues, on y trouve du manioc, du plantain, des bananes, du piment, des gombos, etc. Bref, il y a de tout.

On se croirait en plein marché Mokolo, à Yaoundé au Cameroun. Les prix ici sont évidemment plus élevés. Le piment rouge, par exemple, coûte 13,90 euros le kilogramme, soit environ 9000 Fcfa. Le kilogramme de tubercules de manioc, quant à lui, vaut 3,20 euros (2000 Fcfa), alors que le kilogramme de gombos, lui, se négocie à 5,80 euros, soit environ 3700 Fcfa. Sanga Les commerçants ici ne sont pas très diserts sur l’origine de leur marchandise. « Ça vient d’Afrique », se contente de dire l’un d’eux, avant d’ajouter : « Si vous connaissez très bien les produits africains, vous n’avez qu’à bien observer, et vus verrez que je vends du bon». Les clients au marché de Château rouge sont pour l’essentiel des Africains. Ils peuvent avoir ici ce qui reste introuvable dans la grande distribution parisienne. « Je viens au marché de Château rouge au moins une fois par semaine, confie Marie-Christine, une Camerounaise. Ici, je trouve tout ce dont j’ai besoin pour faire de la bouffe typiquement de chez moi dans le sud Cameroun ». Poussant une charrette, cette femme bien en chair dans sa longue veste grise se dirige vers un vendeur de maïs. Elle commence par fouiller nerveusement dans le grand panier du commerçant pour essayer d’en sortir les meilleurs épis de maïs. « Comment ton maïs est-il si sec ? Je veux du frais », dit-elle au commerçant qui ne fait pas vraiment attention à elle. Il est plutôt occupé à épier, pour être sûr qu’il ne se fera pas prendre par les policiers. Marie-Christine râle quelques secondes, mais finit par se servir. Une petite quantité de maïs, une dizaine d’épis, qu’elle paie à 4,50 euros (2900 Fcfa). Suffisant pour son dîner. « J’ai prévu de préparer le sanga aujourd’hui. Ce n’est vraiment pas compliqué. J’ai déjà le maïs. Il ne me manque plus que les pulpes de noix de palme et des légumes. Tout ça va me coûter dans les 10 euros (6500 Fcfa). Ça peut paraître cher, vu du Cameroun, mais ici c’est abordable. Parce que j’ai des enfants et ça me fait un repas pour deux jours. Avec le marché de Château rouge, la bouffe camerounaise ne nous manque pas trop », se réjouit-elle. Et d’ajouter, en souriant, qu’il y a aussi de la bière camerounaise à Château rouge: Castle, Mutzig, Tuborg, Kadji, etc. En dehors des vivres, Château rouge est aussi l’endroit où l’on trouve et consomme la culture africaine. Cd, Dvd d’artistes sénégalais, maliens, camerounais, congolais, etc. sont disponibles. Pour les femmes, les salons de coiffure à Château rouge pullulent. Idem pour les parfumeries qui proposent des gammes variées de laits pour peaux noires et surtout des laits éclaircissants pour les femmes qui veulent se blanchir la peau. Une vraie obsession pour certaines d’ici.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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