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Réponse à Jacques Fame Ndongo et Issa Tchiroma Bakary, les deux mousquetaires du roi
Correspondance
LE 3 SEPTEMBRE 2009
© Correspondance
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Le hiatus est tellement abyssal entre le Renouveau National dogmatique, et le ressenti réel qu’en ont les populations camerounaises, que l’évocation de Charles De Gaule, de César, de Corneille, de Cinna ou de René Descartes par Fame Ndongo ne peut changer l’image terne et ternie de son roi et de son régime : la gloire n’est pas contagieuse et l’histoire y veille.
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Celui qui questionne le roi sera exécuté nous disent en filigrane Fame Ndongo et Issa Tchiroma. Rien de surprenant, tant avaler des couleuvres sans vergogne est désormais une pratique courante chez de nombreux responsables politiques camerounais qu’il convient d’appeler les mousquetaires du roi Biya. Comme ce fut de tradition chez les rois de France, ils sont prêts à vendre leurs âmes au diable pour sauver le soldat Ryan, que dis-je, le roi Biya de ses propres turpitudes. A ce poste, Issa Tchiroma Bakari et Jacques Fame Ndongo sont les dignes successeurs de Kontchou. Autant, malgré les enterrements, il eut en tout et pour tout zéro mort à l’université de Yaoundé du temps de Kontchou, autant d’après Fame Ndongo et Issa Tchiroma, zéro est non seulement le qualificatif approprié à tous les articles de journaux sur la gabegie présidentielle à la Baule, mais aussi à tous les faits à contre-courant des engagements de départ du Renouveau National. Ils sont adeptes du chiffre zéro tous azimuts comme leur roi est amoureux des factures de vacances avec une kyrielle de zéros derrière les nombres entiers.

Ces derniers temps, le roi du berceau de nos ancêtres s’est offert, comme on le dit généralement, du bon temps du côté de la Baule. Pour contrecarrer le tollé général suscité dans l’opinion par cette rente de situation, les mousquetaires du roi ont alors sorti « la diarrhée verbale », leur arme fatale. Elle consiste à enrober de belles expressions et de citations pseudo savantes, les mensonges d’Etats les plus meurtriers pour l’avenir du Cameroun. S’agissant de l’indignation de nombreux Camerounais et journalistes occidentaux devant l’incongruité du coût exorbitant du repos du roi, le mousquetaire Fame Ndongo nous dit qu’il s‘agit « d’un débat moyenâgeux sur le sexe des anges ». Sans lui poser la question de savoir si le roi Biya est un ange ou un asexué, il serait intéressant qu’il dise aux Camerounais si le long règne sans impacts positifs sur leur bien-être du roi Biya, n’est pas devenu pour eux une activité qui, comme celle de Sisyphe, se confond à l’interminable quête du sexe des anges. La réponse à cette question lui permettrait alors de se rendre compte que des citoyens qui questionnent la gestion de la chose publique sont, non seulement contemporains de la pratique moderne de la démocratie, mais aussi moins moyenâgeux et adeptes de la pensée unique du Renouveau National que lui. Si le roi Biya est maître de son temps et donc de tous les biens du Cameroun comme l’affirme le mousquetaire Fame Ndongo, alors cette attitude citoyenne de défiance par rapport sa gouvernance est ce qui permet justement aux citoyens camerounais d’être auteurs de leurs destins en refusant de se faire spolier. Autant vous dire aussi que le président de la république n’est pas une institution. Il est un employé du peuple auquel il doit rendre compte. A force d’institutionnaliser des hommes en lieu et place de vraies institutions collectives et impersonnelles pouvant promouvoir le développement et le vivre ensemble, l’Afrique Noire est aujourd’hui engluée dans une logique de personnalisation du pouvoir qui immobilise les pays dans des dictatures héréditaires et des monarchies constitutionnelles à la camerounaise dont vous êtes le promoteur invétéré.

Le droit aux vacances du roi Biya, parlons-en. Issa Tchiroma, l’autre doungourou, griot ou mieux mousquetaire du Renouveau National, abonde dans le même sens que Fame Ndongo en disant que Biya mérite des vacances comme tout Camerounais. Chères mousquetaires chevronnés, vous avez l’art du « zapping » qui consiste à porter le débat où il ne se trouve pas. D’abord, tous les Camerounais n’ont pas droit aux vacances par privation involontaire relative à leurs contraintes budgétaires très serrées. Votre roi a certes droit aux vacances. Il a le droit de choisir le lieu de ses vacances, son lit, son hôtel, ce qu’il mange et combien il paie à une condition : régler ses factures avec son argent et non avec celui du Cameroun qui est un bien commun. Ce rappel est important étant donné que les mousquetaires prêts à lever le glaive contre quiconque n’est pas d’accord avec leur roi, semblent oublier que celui-ci n’a pas que des droits dont il doit jouir, mais aussi et surtout des devoirs dont celui de ne pas dilapider à des fins personnelles les ressources nationales. S’il faut vraiment parlez du droit aux vacances de votre roi, force est de constater qu’il en use et en abuse. Combien de jours en une année le roi est-il en Suisse en vacance ? Ne passe-t-il pas plus de jours en une année en Suisse que dans son propre pays ? Est-ce avec son argent qu’il se paie tous ces séjours à l’étranger qui, une fois de plus, prouvent qu’il est en vacance perpétuelle et non en train de travailler pour le Cameroun comme le mousquetaire Fame Ndongo veut nous le faire croire. Si c’est pour travailler pour le Cameroun qu’il passe plus de temps en Europe qu’au Cameroun en une année, alors de trois choses l’une : soit son cerveau est bloqué quand il n’est pas Suisse, soit il ne travaille pas du tout, soit c’est du mauvais travail qui ne produit aucun résultat sur le bien-être des Camerounais. Qui plus est, tout Camerounais travaillerait avec joie et d’arrache pied 7 jours su 7 pour le Cameroun si on le mettait aux petits soins dans une chambre à 42000 euros à la Baule. « Le Paul Biya monstre de travail pour le Cameroun » que veut nous vendre Fame Ndongo n’est qu’une vue de l’esprit car il travaillerait autant qu’il ne s’éterniserait pas au pouvoir. Vouloir y mourir est la preuve par neuf qu’il n’y fait pas grand-chose car on ne peut faire les travaux d’hercule à 75 ans passés quelle que soit sa force.

C’est le contraire qu’affirment les mousquetaires qui, tels les grands inquisiteurs de l’Eglise catholique, sont les seuls détenteurs de la vérité et de la science infuse. En conséquence, dans un texte propagandiste aussi creux dans son fond que pompeux et grandiloquent dans sa forme, Jacques Fame Ndongo exhume tous les ouvrages et leurs illustres auteurs qu’il a lus dans ses études, pour nous démontrer que Biya a tout bon sur toute la ligne. Peine perdue car le hiatus est tellement abyssal entre le Renouveau National dogmatique, et le ressenti réel qu’en ont les populations camerounaises, que l’évocation de Charles De Gaule, de César, de Corneille, de Cinna ou de René Descartes par Fame Ndongo ne peut changer l’image terne et ternie de son roi et de son régime : la gloire n’est pas contagieuse et l’histoire y veille.

D’après les mêmes mousquetaires, le roi Biya ne s’est pas écarté d’un iota de ses engagements de 1982. Il n’a pas failli et serait resté fidèle à la rigueur, à la moralisation, à la préservation de la paix. Amen ! dirai-je pour clôturer cette litanie dogmatique qui montre que l’adage suivant lequel le pouvoir rend aveugle est fondé dans le cas de nos deux mousquetaires. La rigueur et la moralisation ne s’appliquent-elles pas aux coûts des vacances du président à la Baule ? L’opération épervier n’est elle pas la preuve, s’il en était encore besoin, que la politique de rigueur et de moralisation est restée purement théorique comme la diarrhée verbale des mousquetaires du Renouveaux National ? Que veut dire préserver la paix dans un pays où les populations meurent de faim ? où des citoyens disparaissent sans traces à Bépenda ? où l’armée nationale tue des Camerounais qui manifestent ? où les coupeurs de route sévissent et où le chômage de masse est l’état permanent de la jeunesse ?

Pour terminer, il faut noter que la fatuité dont se targuent les deux mousquetaires dans leurs déclarations devrait leur permettre de savoir que le caractère véridique ou non des chiffres avancés, est moins important que les principes démocratiques sous-jacents que défendent les citoyens camerounais. Ce courroux populaire n’augure pas de la chienlit politique, mais du besoin d’équité et de clarté que promeut l’idéal démocratique. Pourquoi des esprits qui se disent aussi brillants que les vôtres ne peuvent le comprendre ? La réponse est toute simple : l’effet de croyance en général, l’aveuglement ou l’illusion du pouvoir doivent être considérés comme des fatalités anthropologiques auxquelles nul esprit humain, fût-il brillantissime, n’a jamais durablement échappé. En d’autres termes, la capacité de croire ou d’adhérer à une idéologie, que plus tard, on pourra juger criminelle, n’est pas l’apanage des ignorants, des esprits crédules ou de sots, loin s’en faut.

Thierry AMOUGOU, Maître de conférence, UCL, Belgique

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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