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Les candidats ayant présenté le concours d’entrée à l’Ecole Supérieure Internationale de Journalisme de Yaoundé (ESIJY) en 1980 se souviennent certainement du sujet proposé à l’épreuve de culture générale : « Discutez et commentez cette affirmation d’un auteur contemporain : le journaliste n’est que l’écho sonore des groupes de pression économiques, politiques et culturels. »
A l’observation des dernières allégations sur les vacances du Chef de l’Etat à La Baule (France), ce sujet proposé il y a une trentaine d’années reste toujours d’actualité. A cet égard, il est fort curieux de relever la proximité qu’un confrère d’un quotidien privé national paru hier souligne entre le dossier des biens mal acquis et celui des vacances jugées dispendieuses du Chef de l’Etat camerounais à La Baule. Parce que cette évocation ne dit pas autre chose que l’énoncé du journaliste français, probablement de « Ouest France », David Servenay : « après les biens mal acquis, voici les vacances à tout prix ! ».
Or, un autre journaliste français, Yannick Urrien de «La Baule+» s’indigne que les faits allégués appartiennent au registre de la manipulation pour des intérêts politiques malveillants. Manifestement, la guerre des médias fait rage autour du chef de l’Etat camerounais, en Hexagone, mais aussi au Cameroun où les journaux locaux qui ont relayé une information piquée sur le Net, surpris, embarrassés et quelque peu ébranlés par la réaction du ministre de la Communication, évoquent tantôt la volonté de ce dernier de caporaliser la presse ; tantôt la fumisterie que recèleraient les arguments qu’il développe ; tantôt enfin annoncent, en guise de trophée dans cette bataille, que des médias français promettent de briser le mystère Biya dans les prochains jours.
Ah bon, l’enquête va donc se poursuivre sur les dépenses autour du Président Biya à La Baule et sur d’autres faits qu’on annonce croustillants? Alors, pourquoi s’être précipité à donner des chiffres sans des éléments permettant de les étayer, à l’exception de simples rapprochements statistiques? Pourquoi se précipiter à affirmer qu’en dépensant 28 millions de francs par jour en séjour privé, le président camerounais faisait « mieux que les vacances de Sarkozy, Bush et Obama réunis », sans révéler en même temps ce que les vacances de ces derniers auraient coûté aux contribuables de leurs pays respectifs? De quoi la presse française se mêle-t-elle, pour indiquer des lieux de vacances à un chef d’Etat élu, démarche au demeurant attentatoire à une liberté individuelle, à un droit de l’homme ? Pourquoi n’avoir pas mis en perspective les dépenses attribuées au président Biya avec celles des autres chefs d’Etat en vacances et provenant d’autres pays de même niveau de développement que le Cameroun ? Pourquoi n’avoir pas relevé qu’au stade actuel de son développement, le Cameroun est un pays demandeur que doit vendre son chef d’Etat, même en vacances, bien que les retombées de ces démarches conduites en privé ne soient pas immédiatement mesurables et ne fassent pas l’objet de publicité ? Pourquoi cette intelligence des quotidiens privés nationaux, qui annoncent le « scoop » avec des révélations sur des dépenses évaluées à des centaines de millions pour les uns et des« vacances en milliards » pour les autres? Pourquoi cette propension à l’auto flagellation que la presse nationale voudrait cultiver et entretenir sur le chef de l’Etat qui, pour être proche du peuple, devrait aller acheter son pain au marché Mokolo, rouler à bord de 406 et puiser son eau à boire à la fontaine d’Etetak, alors que l’homme est connu pour sa sobriété et sa discrétion, n’en déplaise aux esprits chagrins ?
Tout ceci n’est certainement pas innocent. Et pour le confirmer, il y a cet article de David Servenay, sagement repris dans les titres de la presse privée nationale, sans la moindre distanciation, sans le moindre doute, sans la moindre réserve au nom de la critique des sources, sans une réécriture dans le style « démarquage » qu’on nous enseignait à l’école de journalisme, pour questionner la presse française sur la centaine de journalistes (pas moins !) qui accompagnaient dernièrement le Premier Ministre François Fillon au Cameroun, sans compter les nombreux autres membres de sa suite. Encore que je n’aie rien contre la France, elle dont la langue me permet de converser avec d’autres compatriotes, elle qui m’a appris à me vêtir, elle l’amie éternelle de mon pays, en temps de paix comme en temps de trouble voire de guerre, cette France que le Président Biya a choisi pour ses vacances, sans se douter que des journalistes locaux en exprimeraient un ressentiment.
Tout ceci n’est certainement pas innocent. Mais l’on est vite rassuré : en France comme au Cameroun, de nombreux journalistes ne sont que des échos sonores de groupes tapis dans l’ombre. Ceux-là, au pays de l’Hexagone, ont le même niveau de considération que les prostituées, selon les résultats d’un sondage révélés par Yannick Urrien de « La Baule+ ». Je voudrais croire que nous n’en sommes pas encore là au Cameroun, où le processus de maturation de la presse est en cours, justifiant ainsi l’appel du Ministre Issa Tchiroma Bakary à toujours plus de professionnalisme.
C’est d’un appel à un travail collégial qu’il s’agit, pour éviter aux journalistes nationaux les travers d’ailleurs où ils sont comparés à des prostituées, reculant ainsi le métier à une période anhistorique d’avant sa reconnaissance comme le plus beau métier du monde.
Vacances de Paul Biya: Et après le menu ?
LEBOGO NDONGO
C’est vrai que les confrères ont trouvé là matière à faire des reportages « exotiques » ou même militants. Un président d’une « République bananière » très pauvre qui vient se la couler douce sur un lieu de vacances pour milliardaires avec une horde de courtisans.
Quel jeune journaliste ne rêve pas de tomber sur un tel sujet ? Le genre où l’on réalise le reportage de sa vie. Donner à voir, à entendre, à sentir comme on l’enseigne dans les écoles de journalisme. Alors, on décrit ce président qui dilapide la fortune de son pays, on donne à voir le luxe insolent dans lequel nage sa suite pléthorique… Les lecteurs se régalent de ce genre d’articles. Les ONG sont alertées.
Là s’arrête pourtant le côté apparemment ludique de ce reportage. Vraiment ludique ? Car, on est surpris par la violence de la charge contre le président Biya par la presse régionale française d’abord et nationale ensuite. Le ton des articles ne se contente pas de décrire. Il oriente la perception des lecteurs. On voudrait provoquer une réaction de l’opinion publique que l’on ne s’y prendrait pas autrement.
Et pourtant, Paul Biya n’est pas à son premier séjour dans cette région. Il y est souvent allé pour les mêmes raisons, avec le même entourage. Mais, cette fois, l’homme qui est souvent passé inaperçu est sous les feux des projecteurs.
Rien n’a échappé à la sagacité des reporters. Ils ont eu accès, sans aucun doute, à toutes les informations. Le nombre de chambre est précis à l’unité près. Le cadre d’hébergement est décrit avec la plus grande précision.
Sauf que, derrière le « vacancier », on n’a pas voulu voir le chef d’Etat d’un pays debout qui s’appelle Cameroun – un pays fier de voir qu’il attire de plus en plus d’investisseurs de tous les coins de la planète. En cette qualité, qu’on l’aime ou non, le président Biya bénéficie, en tous lieux et en toutes circonstances, de jour comme de nuit, des services que la Nation met à sa disposition. Entre autres, ce sont la sécurité, le protocole et une administration certes réduite mais suffisante pour qu’il continue à assumer les devoirs de sa charge. Entre chambres à coucher et espaces de travail pour tout ce beau monde, il faut n’avoir aucune estime pour les autres pour vouloir les confiner dans trois ou quatre chambres dans l’auberge du coin.
Paul Biya continue donc à travailler pendant ses vacances ? Comme si seuls ses homologues Sarkozy et Obama avaient le souci des affaires de leurs pays respectifs pendant leurs vacances en famille.
On était habitué à une certaine discrétion dans ses milieux pour gens de bonne société. On découvre que des informations commerciales si souvent protégées sont divulguées. Les détails du séjour sont livrés au premier venu.
Difficile de ne pas y voir une volonté de nuire à un homme qui n’est pourtant pas tourné vers le faste et l’ostentation. Comme à la veille de sa visite officielle en France en juillet dernier, Paul Biya est victime d’un traitement spécial. Un traitement qui utilise l’amalgame, suggère des idées, conditionne l’opinion. Une attaque à l’arme lourde. Une véritable œuvre de destruction. Mais l’homme en a vu d’autres.
Et puisque nos confrères ont choisi de ne rien nous cacher, pourquoi a-t-on omis de nous donner le menu des repas, à commencer par la composition des salades dans cette salade médiatico-politique ?
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