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L’actualité est toujours source d’inspiration. Et les évènements qui ont secoué le monde, l’Afrique et le Cameroun, auraient pu être l’objet de ces "Regards".
Cependant, loin des lambris et sunlights, un débat sans précédent s’est déroulé sur le net, à la suite d’une chronique portant sur l’attitude de la diaspora. Aussi permettez que la présente chronique réponde aux nombreux internautes qui, d’une façon ou d’une autre, ont montré que les questions du statut de la diaspora, la manière dont elle est perçue et comment elle se comporte sont plus importantes qu’on ne le croit...
Il suffit de savoir que la chronique portant sur la « Lettre de la diaspora » est un des textes qui, sur le net, a suscité le plus de réactions depuis plus de cinq ans, sur chacun des sites qui a bien voulu la relayer! Ce qui signifie que le thème est important, même si les arguments des uns et des autres laissent à désirer.
Mais, en relisant avec attention les centaines de réactions qu’a suscité cette lettre parue ici même, dans ces colonnes, il faut retenir les points essentiels : ce que le concept même de diaspora signifie ; les stratégies à mettre en œuvre si on veut changer le pays ; et la grille d’analyse qui permet aux uns et aux autres de se mouvoir dans l’univers politique.
Ces trois éléments ont constitué l’épine dorsale des réponses, si l’on excepte les insultes en tous genres qui semblent être un langage du virtuel, tout comme les invectives pour attirer l’attention s’exprimer ou choquer à travers ce mode de communication.
En revenant sur une correspondance qui a suscité autant d’intérêt, il ne s’agit pas de faire le show business, mais de respecter ceux et celles qui ont bien voulu prendre la peine de répondre, même si c’était par l’insulte.
La première préoccupation de ces Regards est de clarifier le concept même de diaspora, dont les critiques les plus sérieuses de la lettre, m’accusent d’abuser abondamment en globalisant. Pour eux, il n’y aurait pas « La diaspora », mais un composite de diasporas, chacune ayant sa trajectoire. Soit, mais un concept reste un concept. Il y a une réalité analytique et il ne s’agit pas de s’exclure de celle-ci. Alors qu’est- ce que la diaspora africaine ou même camerounaise.
Selon Michel Bruneau, géographe au Cnrs, le terme de « diaspora » sert à désigner toutes sortes de phénomènes résultant de migrations de populations dans plusieurs pays, à partir d’un foyer émetteur. Longtemps utilisé pour désigner la dispersion des juifs dans l’antiquité, son champ d’application s’est élargi aujourd’hui, dans les acceptions des géographes. Il y a selon un autre géographe, R.Brunet, trois types de causes de dissémination : « Une dispersion contrainte, en l’absence de pays propre ( diaspora palestinienne) ; une difficulté d’existence plus ou moins momentanée ( diaspora irlandaise, portugaise) ; ou le choix d’activités et de modes de vie ».
Les grandes problématiques qui touchent la diaspora concernent l’espace économique, les flux transnationaux et le fait de revendiquer une identité ethnique ou nationale. L’existence d’une organisation politique, religieuse ou culturelle du groupe dispersé (vie associative) ; l’existence de contacts sous diverses formes, réelles ou imaginaires, avec celle d’un territoire ou le pays d’origine (l’intégration d’un groupe diaspora ne signifie pas l’assimilation dans le pays d’accueil).
L’espace d’une diaspora est donc un espace transnational, diffus et réticulé, fait d’une multitude de noyaux dispersés, centres de communautés, et d’une multipolarité sans hiérarchie stricte. En d’autres termes la diaspora existe bel et bien comme entité sociologique, a une histoire, qui lie les trajectoires individuelles et se comporte de manière plus systématique qu’il n’y paraît.
C’était là le premier point de l’adresse faite à ce groupe sociologique qui, s’il n’est pas nécessairement homogène idéologiquement, a des réflexes de groupe que l’on peut analyser en tant que tel. Dans la « Lettre à la diaspora », il ne s’agissait pas de jugement de valeur, mais de l’analyse d’un groupe sociologiquement et historiquement référencé qui se comporte de manière homogène depuis au moins un demi –siècle.
La deuxième question posée est la stratégie de combat pour changer l’Afrique, particulièrement le Cameroun. La réponse est claire : si après prés de 60 ans, aucune leçon n’a pu être tirée des tentatives de combat, il faut chercher à savoir là où le bât blesse. Or, jusqu’ici, personne ne semble vouloir remettre en cause l’activisme débordant des uns et des autres, mais semble prêt à fustiger l’impérialisme des autres. A ce niveau de blocage, la question pour tout combattant est : si mon adversaire arrive toujours à me mettre à terre, quelle stratégie dois-je utiliser pour le vaincre définitivement ? Evidemment, à cette question, les internautes ne répondent pas. Ils se perdent en conjectures et finissent par noyer le poisson dans la bassine où on se baigne. Comment nous en sortir ensemble et selon quel agenda ?
Il n’est pas utile d’aller plus avant des questions posées par les internautes : car entre les passes d’armes classiques, les colères ataviques et les gros mots, il n’y a eu au fond qu’un malaise : à quoi sert-on quand on est à l’extérieur et a-t-on raison d’y rester indéfiniment ? Cette grande question est à l’ordre du jour des stratégies de changement au Cameroun, et le fait qu’autant d’internautes aient répondu à ce qui n’était au fond qu’une interpellation prouve l’étendue du désastre.
Cela étant, il reste de nombreuses questions non débattues, mais qui reviennent en filigrane, dans les points de vue : qu’est-ce qu’un progressiste aujourd’hui au Cameroun ? Suffit-il de dénoncer le système Biya pour être un progressiste ? Etre progressiste étant aussi être de gauche, quel est le système de valeurs que défendent les progressistes? On l’a vu dans le débat sur le net, les questions de fond ont été, une fois de plus, occultées. A qui la faute ?
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