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Salutations peu cordiales,
Je vous les montre, ma sœur, nos (vos) sœurs, obligées de se prostituer sur un nouveau médium issu de la technologie et des aides étrangères aux pays pauvres, qui n’ont qu’une seule aspiration :
trouver l’homme blanc qui les sortira de la misère, de la mendicité dans leurs pays d’origine qu’autrement elles ne souhaiteraient quitter,
Je vous parle de vos enfants, Madame, dont vous détournez les yeux, derrière vos vitres teintées quand ils viennent vous proposer des appareils électroniques à moindre coût chapardés ou subtilisés après un cambriolage sanglant au sein d’une famille modeste de Ndokotti,
Je parle de ces 40% de camerounais qui, selon des enquêtes officielles de l’Institut National de la Statistique, vivent sous le seuil de pauvreté, à savoir, avec moins de 738 FCFA par jour. explosant le nombre de camerounais sous le seuil de pauvreté,
Je vous parle ici de la situation réelle d’un pays après plus de deux siècles de gouvernance politique et de gérance économique par un seul et même homme, notre président Paul BIYA dont le bilan comporte bien plus de passif que de crédit ; c’est un constat évident, indubitable.
Non, il ne s’agit pas d’anti-impérialisme primaire ! Encore moins de délit d’intention ou de haine viscérale de notre président. Votre paresthésie scélérate vous occulte la vision de la hardiesse de notre affliction et la cime des désespérances du peuple que vos côtoyez quotidiennement. Il s’agit d’objectivité, de lucidité et de pragmatisme. Parlons-nous de pragmatisme ? J’y viens.
Voyez-vous, Madame, quand vous parlez de la diaspora africaine, et camerounaise en particulier, vous ne faites pas qu’un amalgame, vous sacrifiez aussi à de la supercherie intellectuelle
Quand vous parlez de journalisme, vous vous posez à la fois en défenseure des errements d’un régime qui a fait faillite, mais aussi en procureur d’une miscellanées de représentations dont le socle est l’aspiration à un eudémonisme de la rationalité. Posez-vous cette question : pourquoi une telle récrimination de notre président en provenance de la diaspora ? Par cette seule question, vous en apportez déjà une réponse ! Je m’explique !
Beaucoup de camerounais de l’étranger ont eu l’impression qu’on les dépossédait de leur pays. Souvenez-vous de la fermeture de la CAMAIR. Quand notre compagnie aérienne a éteint ses lampions, les camerounais de l’étranger ont ressenti un profond désarroi. Le brin de fierté nationale qui nous restait s’est volatilisé comme la rosée aux premières lueurs des laudes. Quand notre équipe de football perd, c’est un deuil dans toutes les familles possédant au moins un membre d’origine camerounaise. Et pourquoi donc cet attachement à un pays que l’on a quitté ? La raison est simple : LES CAMEROUNAIS DE LA DIASPORA ADORENT LEUR PAYS ! D’entre tous, beaucoup en sont partis parce que obligés, voire contraints par les mauvaises conditions économiques diligentées par les politiques de régulation orthodoxes, elles-mêmes imposées par la mauvaise gérance de nos deniers publics !!! Ces politiques inefficaces dont le fondement a été le clientélisme (dont en passant vous semblez faire preuve), le népotisme, l’exacerbation du tribalisme, la gestion politicienne des différentes composantes ethniques du Cameroun par le chef de l’Etat, la mauvaise affectation des produits de la croissance qui s’est fortement contractée dès 1987 (-2,7% en 1987, -6,88% en 1988) et qui oscille entre 3,3 et 5,3% depuis 1995 jusqu’en 2008, la dévaluation de 1994 (ici encore, contrairement à plusieurs analyses, fort est de constater que les politiques économiques furent inadaptées, nous privant des leviers de relance par l’investissement productif et le désengagement de l’Etat du secteur productif), les évasions monétaires vers les pays riches, la fuite des capitaux, etc…La liste serait pléthorique et je me luxerais le bras à force d’énumération. Vous ne me ferez quand même pas croire que vous êtes aveugle au point de penser que les Camerounais fussent-ils de la diaspora ou du Cameroun en sont les responsables !!!
Votre analyse souffre aussi d’une absence criante de visibilité sur les changements conjoncturels et géoéconomiques qui s’opèrent sous nos yeux.
Certes, sous le régime Biya, il y a eu des avancées dans la défense des droits de l’homme et nul doute que la libéralisation des médias y a contribué. Il y a aussi eu le multilatéralisme initié par des coopérations de plus en plus importantes avec des pays tels la Chine, voire les USA, la sous région avec la CEMAC. Il ya même eu une croissance soutenue depuis 1995 sur le plan économique, mais je vous le demande : combien de rapports transparents sur les lois de finances et sur les bilans ont-ils été diffusés ? Il y a eu des projets, beaucoup de projets dont l’un des derniers en date que j’ai pu consulter depuis la France : celui sur l’impact environnemental de l’installation de la fibre optique entre le Tchad, le Cameroun et la Centrafrique. Savez-vous que de tous ces projets, aucun n’a fait l’objet d’un audit indépendant à ce jour ? Sans parler des passations de marchés publics qui se font en gré à gré dans l’opacité totale en enfreignant les règles de la concurrence. Quant à l’opinion publique, l’on en fait très souvent moindre cas en Afrique et vous le savez. D’ailleurs existe-t-elle seulement ?
Henri Georges Minyem
Enseignant, Ecrivain, Chercheur en sciences sociales EHESS-PARIS
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