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Camerounais de la diaspora: Prolégomènes à germination (par Henri Georges Minyem)
Correspondance
PARIS - 28 JUILLET 2009
© Henri Georges Minyem | Correspondance
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Réplique aux attaques de Suzanne Kala Lobé, journaliste Engagée par le Cameroun
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Chère Madame,



Vous voilà donc prise au piège de la notoriété! Vous faites la «une» de la majorité des sites camerounais sur le net et je pense qu’aussi grande tribune internationale ne vous fut pas acquise à ce jour, et ce, depuis vos débuts de carrière journalistique.

J’avoue avoir longtemps hésité à apporter mon apostille à votre déjà longue liste de contradicteurs, preuve s’il en est qu’il existe des personnes qui ne s’inspirent pas que de leur vécu bi-décennal en Occident pour se prévaloir d’un regard critique, bien contemporain celui-là sur les réalités du monde. Permettez-moi, Madame, de faire ici votre apologie. Celle de l’invective, celle de l’amalgame, celle de la fatuité gratuite qui vous laisse à croire que votre propre et unique expérience suffit à porter un jugement superficiel sur une multiplicité de représentations, telles celles des personnes de la diaspora que vous désignez d’une tirade, d’un doigt stigmatisant, d’une dextre générique, d’un œillade putative.

Je me permets par le fait de vous rappeler les bases de la profession que vous exercez, à savoir l’impartialité, le discernement, la quête de justesse dans les mots ; autant de pré requis qui vous semblent aujourd’hui peu familiers. Vous faites défaut à l’une des règles de l’analyse qualitative et de la sociologie afférente, qui postule de vérifier vos sources d’une part, et de ne point faire de généralisation. Vous savez sûrement que depuis vos humanités, d’autres corpus philosophiques ont émergé et la longue marche de la raison vers son plein accomplissement à travers l’histoire suit son itinéraire diachronique, selon la trame dialectique Hégélienne. J’ai longuement hésité, disais-je ? Oui ! Pas tant cependant que ma longanimité se limitât au crépuscule de votre palimpseste et que ma conscience s’éclairât de ces quelques phonèmes afin d’éteindre votre errance doxologique.


Car je me suis interrogé sur vos réelles motivations et sur les différents paradigmes à travers lesquels vous regardiez à la fois l’Afrique, le monde et plus spécifiquement le Cameroun.

Commençons par l’Afrique, avec votre permission, et évoluons vers le Cameroun d’où, je suppose que vous avez rédigé cette « lettre à la diaspora ».

Dans les années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, les contractions multiples dues au développement de l’esprit des peuples ont permis l’apparition de leaders charismatiques dont les noms resteront pour longtemps dans l’histoire de peuples du Sud en quête de liberté. Ainsi, a-t-on vu émerger des héros légendaires tels Patrice Lumumba, Ruben Um Nyobe, Félix Moumié, Osende Afana, Kwame Nkrumah etc…, et aussi des vassaux de l’impérialisme colonial puis néocolonial à l’instar des Mobutu Sese Seko, Houphouët-Boigny, Ahmadou Ahidjo, Omar Bongo, j’en passe et d’autres. Vous parliez de rhétorique anti-impérialiste liée à votre déformation de jeunesse ? Eh bien, quoi que vous vous en dédisiez aujourd’hui d’esprit élusif, vous étiez dans le vrai car c’est bien de domination qu’il s’agissait.


Dans la foulée de l’esclavage, les puissances coloniales ont bel et bien livré des guerres impérialistes aux nationalistes (dont le Napalm utilisé dans l’Ouest du Cameroun) et placé à la tête de la plupart des Etats d’Afrique noire et blanche y compris, des dirigeants corruptibles à la solde des intérêts français, dont la seule préoccupation était la survie même de l’ex-métropole, à moins qu’ils n’en fussent l’idéologie même. En Tunisie, Habib Bourguiba, président du parti du Néo-Destour fut détenu en France à l’île de Groix, puis transféré le 17 juillet 1954 à Amilly, près de Montargis. Il rentra ainsi en triomphateur dans son pays et le 20 mars 1956, la France reconnut solennellement l’indépendance de  la Tunisie, mettant un terme au traité signé le 12 mai 1881. Au Maroc, la France tergiversa avant d’opter pour le choix de Mohammed V, père d’Hassan II à la place du sultan Ben Arafa et le Maroc put ainsi obtenir son indépendance.



Schizophrénie

En réalité, dans ces années tumultueuses de lutte contre l’impérialisme occidental, se perpétuaient des guerres coloniales et des résistances légitimes dont la finalité consistait dans l’humanisation de l’action politique. De quoi parlons-nous ? Nous parlons ici d’une époque où le monde était bipolaire et dominé par des idéologies antithétiques.

D’un côté l’occident dominé par le bloc de l’OTAN créé en 1949 à Washington, dont l’idéologie émancipatrice était moins axée sur l’homme (malgré son discours apologétique) que son asservissement au diktat de la marchandisation. Ce monde-là avait colonisé et dominé l’Afrique depuis le 15è siècle et prolongé cette domination au prix de deux guerres dont la dernière avait sonné le point d’orgue d’un partage des rogatons dont faisait partie l’Afrique. Cette dernière devenait ainsi le pré-carré d’une puissance qui, par son ralliement au camp des vainqueurs sous la houlette d’un général certes opportuniste, mais criminel (à travers Jacques Foccard, son exécuteur de basses œuvres), allait asservir l’Afrique jusqu’aux indépendances arrachées de haute lutte par les Africains.


De l’autre côté, à l’Est, se développa une idéologie politique prétendument axée sur l’homme, plus exactement sur sa capacité à pouvoir régir la société au profit de tous. Utopie qui viendra de la dictature du prolétariat que Karl Marx avait envisagée pour une société plus humaine dans « Le capital ».


A cette époque-là se combattaient deux visions du monde au sein desquelles, jeune étudiante que vous étiez, ne pouviez opposer d’analyse critique. Vous deviez choisir et le choix fut vite fait, dominé par la pesanteur de la propagande qui régna au sein des deux blocs jusqu’au moins en 1989, date de la chute du mur de Berlin. Vous défendiez l’homme et vous étiez dans le vrai. Ainsi, faute de mieux, plusieurs idéalistes de l’époque furent obligés de s’allier à un socialisme utopique à la Fourier, ou au matérialisme historique de Marx qui devenait la référence analytique des esprits critiques. Dans cette perspective, Marx prolongea la dialectique de Hegel en postulant que le développement de la raison à travers l’histoire se manifestait par la lutte des classes, induisant de fait ce qu’il qualifia de matérialisme historique opposant facteur et moyen de production.


En vous lisant, Madame, je constate que vous êtes entrain de faire aujourd’hui, à votre âge, la synthèse du dualisme qui vous a longtemps perturbé et que certains qualifieront de schizophrénie (je n’irai pas jusque là) car je tiens à rester objectif dans ma démarche.

Cependant, votre analyse (qui je l’espère pour vous, est amenée à évoluer) vous amène à transposer votre propre névrose à une communauté aussi disparate que celle de vos compatriotes de la diaspora. Si vous vouliez choquer, alors votre pari est réussi. Si ceci est un défaut de précision de votre part, le reconnaître vous dédouanerait en partie.


Aucun exil n’est volontaire!

Car voyez-vous, vous confondez beaucoup de faits sociaux. Pour qui a lu Emile Durkheim, le père de la sociologie qualitative en France, sait que les positions sociales ne sont jamais les mêmes d’un individu à un autre, y compris au sein d’une même famille qui a reçu la même éducation. A plus forte raison dans une diaspora au sein de laquelle se côtoient aussi bien étudiants, entrepreneurs, que professeurs, médecins, aventuriers, chercheurs de vie, gueux, oisifs, arrivistes et autres. Vous avez vécu en Occident, vous le savez : IL N’Y A PAS PLUS DIFFERENT D’UN NOIR QU’UN AUTRE NOIR EN OCCIDENT ! Et pour causes !

Les itinéraires qui conduisent à la lumière sont fort divers et les individus font leur choix en fonction de leur rationalité. Rationalité limitée par excellence, comme le rappelaient en 1958, James March et Herbert Simon dans « Organizations ». La rationalité limitée est due aussi à l’éducation de base de l’individu, cependant, quelle qu’elle soit, elle formera toujours son système de pertinence pour emprunter à Alfred Shutz dans « Le chercheur et son quotidien ».


En conséquence, lorsque vous vous posez en procureure de la diaspora dans son ensemble, j’ose vous laisser le bénéfice que vous faisiez allusion à certaines personnes que par subtilité calculée ou machiavélisme pusillanime, vous vous évertuez à ne point nommer. Quoi qu’il en soit, par votre généralisation, vous faites référence à des parcours et des aspirations fort différentes d’un individu à un autre. Qu’y a-t-il de commun en effet entre un homme dont la seule aspiration est le gain financier et un autre dont la quête du savoir serait l’ultime accomplissement ? Il me semble aussi que les raisons de départ d’un individu se heurtent bien souvent à des considérations tant existentielles que conjoncturelles.



Cependant, plutôt que de les différencier, je vais leur trouver un point commun: l’EXIL.

Qu’on se le dise, Madame, AUCUN EXIL N’EST VOLONTAIRE ! L’immigré en se déplaçant, perd ses repères ; ce que Pierre Bourdieu appelle l’ « Habitus » ou somme de représentations mentales qui se construisent au fur et à mesure de son évolution dans un contexte culturel donné : Il se déculture. Vous prenez le « Pirée pour un homme » en vous obstinant à voir la diaspora comme un seul membre prêt à rédiger des tracts, ou à scander des injures et autres exhalaisons vindicatives. Essayez au contraire de comprendre les raisons de leur exil. Pour ne prendre que le cas de la France, une enquête de l’INED de 2004 a démontré qu’en France ¼ des immigrés ont un niveau d’enseignement supérieur. Comment, expliquer alors cet afflux massif d’immigrés pour les pays occidentaux, y compris les immigrés peu instruits dont le capital culturel est au moins équivalent au capital économique ?

Le régime anthropoculturel que l’humanité a connu depuis le néolithique a plus été marqué par la sédentarité que le nomadisme. Les seules exceptions à cette donne anthropologique concernent les traites arabe et transatlantique, et plus récemment, depuis la fin des années 70…l’immigration. Ne remarquez-vous pas, Madame, que les flux migratoires dont nous parlons suivent à peu près tous le même trajet ? A savoir du Sud vers le Nord ?



A moins d’un fantasme consubstantiel à leur innéité, il me semble aisément facile d’en comprendre les raisons : elles sont d’ordre politique ! Je parle de politique au sens large, c’est-à-dire prise sous l’acception aristotélicienne de gestion globale de la cité, y compris sa gestion économique.



La plupart des africains (à l’inverse de vous, je nuance ma désignation par un réductionnisme méthodologique), quittent l’Afrique, faute de perspectives dans leurs pays d’origine !!!

Perspectives décentes ou perspectives de vie, projection vers un mieux-être dans tous les cas, amélioration de leur condition humaine, qu’on se le dise ! Alors, je vous le demande : LA FAUTE A QUI ?



Bien loin de l’utopie néo-tiers mondiste à laquelle vous vous référez pour justifier l’échec des adversaires politiques de Paul BIYA, je vous oppose un déficit de sens politico-social quant aux réelles quêtes d’existence de personnes en mal de vie sur lesquelles l’incandescence de la vérité mérite que l’on attarde un instant ! Juste une infime fraction de conscience !



Je parle ici de millions d’hommes et de femmes qui vivent au Cameroun et dans la plupart des pays d’Afrique sans couverture maladie, au sein d’un continent qui compte plus des 2/3 des malades du SIDA déclarés à ce jour,

Je parle de millions d’hommes et de femmes dans leurs cadres gouffres de paupérisme vivotant au gré des marées entre boues et maladies,

Je désigne ici les diplômés africains de plus en plus nombreux au chômage dont les seules perspectives consistent dans des travaux du secteur primaire qui représentent encore plus de 80% de la production économique dans les pays d’Afrique subsaharienne,

Je vous parle Madame, de millions de personnes espérant, à l’aube de chaque mois, un simulacre de vie sous la forme de mandats Western Union, Money gram et autres de leurs fils, filles, cousins et maris en Occident, (d’ailleurs avez-vous seulement remarqué combien le nombre d’agences de ces organismes de transferts monétaires fleurissent dans tous les pays pauvres) ?

(à suivre)


Henri Georges Minyem
Enseignant, Ecrivain, Chercheur en sciences sociales EHESS-PARIS
http://www.georgesminyem.com
http://www.facebook.fr/georgesminyem
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Rédaction de Cameroon-Info.Net
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