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Sandrine Etonde Ekoto face à Cameroon-Info.Net (2è partie)
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Le 14 MAI 2007
© Cameroon-Info.Net
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Le traitement de l’affaire du PAD par la presse et les responsabitités d’Edouard Etonde Ekoto.
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La presse

« La couverture médiatique est biaisée. Un, parce qu’elle ne présente pas tous les faits pour qu’on se fasse une bonne idée de la réalité. Deux, parce qu’elle focalise l’attention et la vindicte sur Etonde Ekoto. A tel point qu’on a l’impression que c’est lui le principal inculpé ! »



Cameroon-Info.Net: Si je comprends bien, vous n’appréciez pas le traitement que les médias font de cette affaire. Vous trouvez qu’ils sont contre votre père ?

Sandrine Etonde Ekoto : Parfois oui, je vous en donnerai des exemples. Mais ce n’est pas ça qui me dérange. Ils ont le droit d’avoir leur opinion. Mais qu’ils la présentent comme telle, pas comme des faits ! C’est irresponsable vis-à-vis de la vérité et de leur public. Avec le droit de s’exprimer et le rayonnement qu’ils ont, viennent des devoirs et standards, une éthique. Je sais de quoi je parle, je suis moi-même du milieu. Des tas de choses qu’on se permet chez nous n’iraient jamais sous presse ou donneraient lieu à d’incessants procès pour diffamation ailleurs. Comprenez-moi bien, je ne dénigre pas toute la profession, seulement certains de ses praticiens. Notre pays compte de bons journalistes, de vrais professionnels. Mais comme partout, il y a aussi des dilettantes, des maladroits, des paresseux. Plusieurs sont sensationnalistes, crédules ou dans le besoin. D’autres ignorants, négligents ou peureux. Une infime portion est aussi vénale, partisane et malveillante. Tout ce mix écrit, fait des reportages, communique. Pas toujours tout. Pas toujours bien. Et dans une affaire qui soulève autant les passions que celle du PAD, ou tous ces « procès Epervier », c’est dangereux. On conditionne l’opinion, on joue sur les émotions, sans pour autant informer, sans faire avancer les choses.

Cameroon-Info.Net: A leur décharge, ils travaillent sous une grande pression. Les Camerounais ont soif de savoir comment sont dirigés les établissements publics de leur pays.

S. E. E. : Ils ont raison ! Non seulement de vouloir savoir mais aussi de désirer des sanctions, après des années d’apparente impunité. Mais il faut éviter le mirage du désespoir. Si on te propose à boire dans le désert, tu ne seras pas très regardant, on s’entend. Eh bien, les médias n’offrent pas toujours de l’eau de source ! On a tous vu Erin Brokovich avec Julia Roberts qui luttait pour des familles victimes de l’eau polluée par une multinationale. On doit être critique, rejeter la superficialité et le kongossa et exiger plus de qualité et de substance. Sinon les conséquences sont désastreuses. Aujourd’hui, les Américains perdent des soldats sans fin et des civils meurent par centaines en Irak à cause du lavage de cerveau sur les armes de destruction massive de Saddam. Les rares sceptiques avant l’invasion étaient taxés d’antipatriotisme et réduits au silence. C’est un peu le reflet de notre état. Dès que tu questionnes ce qui se passe au tribunal ou la couverture médiatique, tu es indexé, rabroué… L’épidémie des détournements est réelle et on désespère que ça change. Des exécutions sommaires dans le sassayé sur la place publique vont-elles résoudre le problème ? L’empire romain a dominé des peuples entiers en les divertissant. Les spectacles électrisants dans l’arène leur faisait oublier leur misère et calmait les soubresauts de protestations. C’est tout un défi auquel les Camerounais font face, mais ils doivent faire comprendre à l’appareil judiciaire, aux politiques et aux médias qu’ils n’avaleront pas n’importe quoi pour étancher leur soif, ô combien justifiée de vérité et de justice.

Cameroon-Info.Net: D’après vous, c’est ce qui se passe dans le cas de votre père ? Le monde des médias ne s’est tout de même pas réuni pour s’acharner contre Mr Etonde Ekoto.

S. E. E. : Je ne dis pas qu’ils se sont concertés, ce serait ridicule de penser cela. Mais depuis plus d’un an il y a un véritable matraquage autour de mon père dans cette « saga Epervier ». Faites une revue de presse des derniers mois et je vous défie de me contredire. Apparemment, son nom et sa photo sont vendeurs ! Ex : on parle des menaces de grève de la faim des accusés du PAD incarcérés à New Bell, c’est sa photo qu’on met. Comme dans les pubs quand, pour te vendre n’importe quoi, ils mettent une fille sexy ou un beau gars. Sauf que là c’est très dommageable, ça crée un vif antagonisme. Si j’avais été exposée à tout ce battage pendant si longtemps et SANS le connaître, moi aussi je croirais qu’il est le pire des hommes et je voudrais sa peau ! Le négatif est amplifié, le positif est passé sous silence ou mentionné à la va-vite. Comme la récente décision de la Cour suprême. Il n’y a que Le Front qui en a vraiment parlé. Mais les appels déboutés, ça, ça a fait les manchettes. Voici d’autres illustrations de ce phénomène.

1. Saviez-vous que c’est lui-même qui a demandé la levée de son immunité parlementaire, écrivant même au chef de l’Etat ? Non, car cette mise à la disposition de la justice a été présentée comme un désaveu de ses pairs, du régime. Personne n’a évoqué non plus la bonne foi dont il a fait preuve en écourtant son voyage à l’étranger pour rentrer quand il a été remplacé à la CUD.

2. Saviez-vous que c’est lui qui a prié Me Nico Hale de se déconstituer en octobre ? Non, car ledit avocat a clamé qu’il s’était désisté. Mieux, « …sa probité, son intégrité morale et sa crédibilité ne le destinent pas à plaider une affaire lorsque sa conscience n’est pas tranquille. » a rapporté Mutations (19 octobre). The Herald, Le Messager, la revue de presse de la CRTV, etc. y ont fait écho, sans interroger l’autre concerné. La vérité est que Me Hale a été remercié parce qu’on a découvert qu’il était en conflit d’intérêts : il défendait le PAD dans des affaires connexes !

3. Saviez-vous à quel point c’est insensé que les autres administrateurs n’aient pas été accusés de choses qu’on lui reproche alors qu’ils prenaient les décisions ensemble ? Non, car on s’est peu étendu sur le sujet, comme Mutations (20 décembre) : « Pour leur part, et curiosité tout de même, tous les anciens administrateurs ont bénéficié (sic) d’un non lieu. » Et voilà.
4. Saviez-vous que les indemnités dans d’autres entreprises publiques (SNH, SCDP, SONARA…) sont de loin supérieures à celles du PAD du temps d’Etonde ? Non, car les vraies analyses manquent. On ne vous dit pas non plus que la nouvelle direction du port (qui poursuit les accusés !) a fait passer les indemnités de session de 400 à 700 mille FCFA par administrateur !

5. Saviez-vous que la cour d’appel a essayé le 7 mars de faire une audience dans le dos de la défense ? Seul un des avocats était présent et, chapeau, il a protesté. Le bruit a aussi couru et les autres ont été alertés. Finalement tout s’est passé en bonne et due forme le lendemain. De ce que j’ai vu, seule La Nouvelle Expression (8 mars) a pris la peine de vraiment rapporter (brièvement) le détail révélateur : «…audience visiblement improvisée. Car sur les rôles du jour, on constate que cette affaire du Pad est mentionnée au 29e et dernier rang… et elle est écrite à la main et à l’encre violette, alors que les 28 premières affaires sont saisies et imprimées. » Tiens donc !

Bref, la couverture médiatique est biaisée. Un, parce qu’elle ne présente pas tous les faits pour qu’on se fasse une bonne idée de la réalité. Deux, parce qu’elle focalise l’attention et la vindicte sur Etonde Ekoto. A tel point qu’on a l’impression que c’est lui le principal inculpé !

Cameroon-Info.Net: Ne pensez-vous pas que cette présentation de l’affaire est due à la notoriété incontestée de Mr Etonde Ekoto ?

S. E. E. :C’est vrai que ça pèse dans la balance et par rapport aux autres accusés, je comprends. Mais avec M. Siyam Siwé, cette justification tient moins la route. Il n’est pas le premier venu et a occupé des postes plus importants dans l’appareil de l’Etat. En plus, c’est lui qui gérait le PAD sur une base quotidienne. Et il est accusé d’avoir détourné 18 fois plus que mon père ! Pourtant on dirait que les rôles sont inversés. Attention, je n’essaie pas d’enfoncer l’ex-DG, j’attire l’attention sur le matraquage nocif en cours. Pour tout et rien. Ex : ne vient-il pas aux audiences dans ‘sa grosse cylindrée’, vêtu comme ci, chaussé comme ça ? Plus que tout, c’est malhonnête intellectuellement. Il est comme ça depuis plus de 20 ans ! Ses biens ne proviennent pas de ces dernières années au port ou à la ville. C’est le résultat de 40 ans de labeur de lui et de ma mère ! Mais on présente ça comme les évidences de ses détournements. On dénigre la moindre de ses attitudes. Il sourit, on dit qu’il nargue. Il est calme : il ‘s’en fout’. Il sort en public : il ‘parade’. Il reste chez lui : il ‘se terre et jouit, loin des regards, de son pillage’. Il ne se couche pas à terre comme un chien mort, il est accusé de défier la justice ou d’être imbu de sa personne. Cet horrible portrait sans cesse martelé fait de lui le méchant dans le film. Et tout ce que tu veux, naturellement, c’est qu’il se fasse fracasser. Vite et bien.

Cameroon-Info.Net: Pouvez-vous être plus précise. Quels sont les titres que vous condamnez ? Quels sont les points dans leurs analyses que vous trouvez intolérables ? Y en a-t-il quelques-uns qui trouvent grâce à vos yeux dans le traitement de cette affaire ?

S. E. E. : Bien sûr et heureusement. Tous ceux qui font leur travail, je ne parle pas d’être "pro-Etonde" mais professionnels, je n’ai rien à redire. S’ils rapportent les faits avec soin, présentent objectivement les différents points de vue et ne mélangent pas rumeurs, opinions et reportages, c’est bon. La plupart du temps, Le Messager, La Nouvelle Expression et Mutations se débrouillent bien, même s’ils sont durs parfois. Le Front aussi. Mais il y en a d’autres…La présomption d’innocence, la rigueur, l’éthique, ne sont guère au rendez-vous. Jugez vous-mêmes.

1. La Détente Libre (02-10): « … son limogeage vivement souhaité… un long voyage vers Kondengui… Siyam avec qui il a pillé le PAD… Enfin l’heure des comptes a sonné… Les chemins du pillage de ces deux individus se sont trop souvent croisés pour le malheur de la fortune publique… avec certainement la complicité du colonel… se sont aussi largement sucrés avec… pour pouvoir piller en rond ils se sont acoquinés… »

2. Dikalo (29-12): « …Siyam et Etonde, deux poids, deux mesures… défi pour la justice… I'un transporté dans un véhicule de marque Mercedes, tandis que l'autre dans une pic-up 4x4 entouré de gendarmes armés jusqu'aux dents… son éviction et la levée de son immunité a semblé dire que l’heure de l’impunité était derrière nous… s’achemine-t-on vers une véritable mascarade ? »

3. Les Nouvelles du Pays (22-01) : «… Siyam, Etonde et leurs acolytes vivaient dans une nébuleuse… tour de verre. De là vient sûrement leur chute… en attendant… les prédateurs du Pad peuvent plastronner, comme cela s'est vu le 26 décembre dernier, parce que bénéficiant encore de la présomption d'innocence. »

4. Le Supplément (02-02): « Etonde E. sollicite l’arbitrage de Biya… Des sources (sic) bien introduites, l’on apprend que l’ex-délégué du gouvernement de Douala, a récemment adressé une lettre au chef de l’Etat, afin qu’il use de son pouvoir, pour le sauver d’une condamnation imminente… c’est le chef suprême de la magistrature qui veut qu’il comparaisse libre, contrairement à Siyam Siwé qui, lui, ne peut bénéficier du même avantage parce qu’il n’est pas le camarade de classe de Paul Biya’ »

5. La Nouvelle Presse (19-02): « L’étau se resserre... sur Siyam... et son réseau où figure en bonne place Etonde Ekoto… prédateurs en chef (sous des photos de Siyam et Etonde)… Quand un ingénieur polytechnicien et un militaire de haut rang, formé à la prestigieuse académie de Saint Cyr, mettent leur intelligence ensemble pour piller le patrimoine d'un des symboles de l'Etat… ne sont pas allés du dos de la cuillère pour puiser allègrement dans les caisses du PAD… »

6. Popoli (14-03): « Cet arrêt n’est pas sans incident (sic) sur la suite de l’affaire, lorsqu’on sait que de grosses légumes basées à Yaoundé à l’instar de Amadou Ali, les généraux Asso Emane et nkoa Atenga avaient été cités comme témoins par l’accusation et devaient pour cela se présenter au tribunal. Et si l’arrêt de la cour d’appel ne subit aucune modification, ces « njimtêtés » dont les vomissures auraient pu éclairer l’affaire pourraient désormais suivre la suite de l’affaire, engouffrés dans leurs salons huppés de Yaoundé. »

Vous vous rendez compte ? Ce ton, ce vocabulaire et cette condamnation extra judiciaire n’ont pas leur place. Mais en plus c’est truffé de faussetés ! Et pas seulement à l’endroit de mon père !

Cameroon-Info.Net: Désirez-vous apporter des correctifs sur des points qui seraient, selon vous, erronés ?

S. E. E. : D’accord, mais je ne vais même pas réagir aux « affirmations » de pillage. Elles sont tristement courantes. Mais il y a une erreur grossière et inadmissible et un mensonge éhonté et mesquin que je dois pointer. L’erreur, c’est dans Popoli sur les généraux Nkoa et Asso. Ils ont été cités à comparaître par la DÉFENSE (Etonde), pas l’accusation ! Et surtout, présenté comme ça, (j’omets l’insulte ‘vomissures’) ils semblent incriminés dans l’affaire. Or, s’ils sont sur la liste de mon père c’est comme témoins de MORALITÉ parce qu’ils le connaissent depuis des années ! Mais en une phrase on a sali leur réputation et créé la suspicion. C’est inacceptable ! Le plus sordide, c’est que ces lignes ont attisé la rancœur et la frustration du peuple. Encore des gros bonnets qui s’en sortent, ont-ils dû conclure. Alors que c’est complètement faux. MM. Asso et Nkoa ne sont en rien mêlés à l’affaire du PAD !

Quant au mensonge, qui est vicieux, c’est l’article entier de « Le Supplément ». Sous couvert de ‘on’ et de ‘sources’ (ce qui ailleurs décrédibilise), l’attaque est d’une telle force et si cruelle que je n’en reviens pas. Je veux dire ici aux Camerounais qu’on les a effrontément trompés. Mon père n’a JAMAIS demandé au Président de le soustraire à la justice ! Il a trop d’honneur et trop de respect pour son pays pour s’abaisser à ça. On a tenté d’exacerber votre colère, ne tombez pas dans le panneau. C’est également sournois d’essayer de monter M. Siyam contre lui par l’attribution de propos ridicules. J’ai lu ce que mon père a vraiment écrit au Chef de l’Etat et il n’a demandé de faveurs ! Ce qu’il a souhaité c’est une justice réellement impartiale et non une immolation bâclée sur l’autel de quelques intérêts obscurs et inavouables ! La méchanceté et la fausseté de cet auteur n’ont d’égal que la négligence et l’aval coupable de ses supérieurs. Quand bien même ils auraient été victimes de ces fameuses ‘sources’. C’est leur responsabilité de vérifier, de rapporter LA vérité. C’est loin d’être le cas et en plus leurs attaques sur mon père sont vraiment personnelles.

Cameroon-Info.Net: Que voulez-vous dire par là ?

S. E. E. : Que c’est l’homme lui-même qui est visé, sa réputation. Tu peux commettre un crime sans être un criminel. Mais le portrait qui est fait d’Etonde est qu’il est intrinsèquement mauvais. Conséquence, partout où il va, tout ce qu’il fait est condamnable. Exemples.

1. L’an dernier, on a scandé son éviction de la SIC et déblatéré sur sa voracité de cumulateur de fonctions. Mutations (25-01) : « Etonde Ekoto n'a pas apprécié son limogeage… est là, visiblement énervé. Il va et vient, tourne sur place. ‘Qu'est ce qu'il y a avec toutes ces cérémonies ? Est ce que quand on me nommait il y avait eu tout ça ?... n'a pas changé d'attitude… toujours aussi nerveux et n'a de cesse de s'agiter sur son siège. Ne pouvant plus supporter "cette cérémonie"… sort en toute vitesse de la salle tout en maugréant... »

2. On se ‘lâche’ aussi depuis janvier sur la CUD et on fait la pub d’un doublé (Les Nouvelles du Pays, 29-01) : « Vers une double condamnation… En dépit de l’agitation du conseil juridique d’Etonde… Ce n’est pas faute d’avoir essayé de ralentir la procédure… une étiquette qui lui colle si bien à la peau : celle de prévaricateur attitré des finances publiques… les enquêtes en cours (…) viendront, une fois de plus, révéler sa collusion… la levée de son immunité présageait déjà de son inculpation à venir, et à terme, de sa condamnation assortie d’une mise aux arrêts… une porte de sortie (…) un aveu de culpabilité… un engagement à restituer les fonds distraits. Mais connaissant l’orgueil du mis en cause, de telles éventualités sont certainement à battre d’un revers de la main, sauf pour lui de se faire littéralement hara-kiri. »

3. En fait, on le rend coupable de tout. Après un incendie mineur à la CUD, Aurore Plus a titré (23-01) : « Manœuvres de sabotage ou incident malheureux ? », avec une photo d’Etonde (jubilatoire) et de M. Ntone (sombre) dont la légende était « Le torchon brûle-t-il entre les deux ? ». Et tu lis « Aurait-il dès lors commis quelque comparse à la basse manœuvre visant l’extinction de preuves accablantes ?... Se sachant dos au mur (…) il ne pouvait que penser une telle issue… Ntone a plus qu’intérêt à se méfier des réseaux d’Etonde Ekoto qui sont tapis dans l’ombre et n’attendent qu’une seule erreur pour frapper… des loups qui sont restés dans la garderie (sic). Si cet incendie se présente comme leur premier forfait, qu’en sera-t-il des prochains jours… »

J’arrête ? Vous en avez assez ? Et nous donc ! Imaginez ça à longueur de semaines depuis plus d’un an ! Est-ce qu’ils réalisent la portée de leurs mots et leurs conséquences ? Ils ont inoculé la haine au cœur des gens ! C’est complètement IRRESPONSABLE ! Aujourd’hui c’est juste une personne qui est diabolisée. Si demain ça devient un groupe, une ethnie, qu’est-ce qui va arriver, vous croyez ? Les médias ont trop de pouvoir pour se permettre d’en user inconsidérément. Et nous on ne peut plus se permettre de les laisser en abuser impunément !

Cameroon-Info.Net: Cela veut-il dire que Mr Etonde Ekoto compte les traîner en justice pour diffamation ?

S. E. E. : À sa place, j’en aurais déjà poursuivis plus d’un ! Mais pour l’instant, il a sa dose de procès, on va dire. Et à la base, ce n’est pas quelqu’un qui aime les histoires, les confrontations inutiles. Les hommes de guerre connaissent la valeur de la paix. Alors ce qu’il fait en premier, quand il y a une erreur importante, c’est qu’il use de son droit de réponse. Il l’a fait par exemple, longuement et preuves à l’appui, dans l’article Ma part de vérité (Le Jeune Enquêteur, 20 mars), par rapport à CUD finances et au présumé scandale de l’emprunt obligataire (s’il est si mauvais, pourquoi fait-il des émules ailleurs en Afrique ? Notre gouvernement aussi veut l’imiter).

Si la publication a assez de hauteur pour reconnaître sa faute et mettre le correctif en bonne place, ça s’arrête là. Ex : Jeune Afrique qui s’était trompé aussi sur son limogeage de la SIC. Ils ont publié sa réplique et confirmé qu’effectivement, il ne pouvait avoir été saqué puisque jamais nommé : il a juste assuré l’intérim à la mort de M. Kwayeb parce que le Délégué est d’office premier vice-président de la structure ! Au local, Le Front qui avait commis la même erreur que Popoli sur les généraux témoins l’a corrigée. Parfois ça se passe moins bien : La Nouvelle Presse a publié sa réponse sur le « réseau de pilleurs » mais l’a accompagnée de propos désobligeants. C’est désolant. Dans des cas comme ça tu te dis que OUI, la meilleure solution serait un procès. Mais quand c’est trop bas, ça ne vaut même pas la peine de relever. Tu espères qu’ils seront ignorés ou que le public aura le discernement de ne leur accorder aucun crédit.

Mais franchement, il faut que les choses changent, c’est trop grave ! Aujourd’hui les médias peuvent dire n’importe quoi, n’importe quand, n’importe comment. Ce n’est pas cela la liberté d’expression. Il y a des responsabilités ! Mais si l’éthique fait défaut, on gagnerait à avoir des lois sur la communication plus sévères. Ça mettrait les charlatans sur la paille et ça assainirait le milieu. Et ça donnerait plus de place aux vrais professionnels pour nous informer, nous faire réfléchir, débattre des sujets en profondeur, refuser de façon constructive le statu quo et faire avancer le pays. Pour cela, il faut que nous, le public, on les pousse. Si ça doit passer par une horde de procès, soit. Il faut leur mettre la pression.

Cameroon-Info.Net: Ne pensez-vous pas que c’est peut-être une trop grande pression justement qui occasionnerait certains manquements ou erreurs ? Leur travail n’est pas de tout repos dans le traitement de ces affaires de corruption.

S. E. E. : C’est très vrai, ils ont de lourdes responsabilités sur les épaules et ça ne doit pas être facile. Ça vient s’ajouter aux fardeaux quotidiens d’être productif, de rester compétitif, plus les soucis personnels. Mais même si les attentes sont grandes, parfois démesurées, ça ne peut être excusé pour baisser ses standards, ignorer l’éthique ou se prostituer. Par ailleurs, c’est lâche de se cacher derrière « ce que veut le peuple » pour faire un travail approximatif, colporter des rumeurs ou travestir la réalité. Les médias sont là pour éclairer l’opinion pas pour l’enduire d’erreur. Dans le cas d’Edouard Etonde Ekoto, ils ont failli à leur mission. Pas tous, pas tout le temps, mais dans l’ensemble. Ils ont créé un monstre, un ennemi public déjà coupable et ont contaminé la population avec leurs avis infondés. A présent, le feu qu’ils ont allumé, ils ne le contrôlent plus. Les gens sont amers, à cran, Etonde est devenu le catalyseur de leur ressentiment vis-à-vis de tout ce qui ne fonctionne pas. C’est devenu si passionnel que l’éventualité qu’il ne soit qu’un bouc émissaire ne fait sourciller personne. S’il l’est, tant pis. Trop ont échappé. Ils sont formatés, conditionnés, pour sa condamnation. Une autre fin serait perçue comme une trahison, une fraude. Encore heureux que ce ne soit pas un procès devant un jury. Où aurais-tu trouvé des jurés sans impartiaux ? C’est dramatique d’en être là ! Mais comment les blâmer ? Même si leur colère, leur haine parfois, fait très mal (comme lorsque, incognito dans la foule, je les écoutais à la première audience), je ne peux leur en vouloir. Ils sont mal renseignés (désinformés ?). Mais il n’est pas trop tard pour bien faire. Ça va nécessiter du courage et des risques proportionnels aux pressions, mais c’est possible. Et nos médias se doivent, nous doivent, plus que jamais d’être la boussole, la voix de la raison. Pour ce faire, ils ne doivent céder à AUCUNE pression ni sollicitation. Tout comme les magistrats. C’est leur indépendance qui garantit la manifestation de la vérité !

Les responsabilités

« Le PCA ne gère pas la structure et le consulter n’est pas requis pour chaque décision. Il ne négociait pas les contrats, n’attribuait pas les marchés, ne touchait pas aux finances, etc. Si cela avait été son rôle, il n’aurait jamais pu le concilier avec la CUD où il passait tout son temps. »

Cameroon-Info.Net: L’opération Epervier était déclenchée depuis 6 mois, au moment où Mr Etonde Ekoto a été remplacé à la tête de la Communauté Urbaine de Douala. A-t-il eu alors des inquiétudes sur son sort après son éviction ?

S. E. E. :Est-ce qu’il avait peur, vous voulez dire ? Non, pas du tout. Il voulait bien sûr savoir ce qui allait se passer, quand, comment. Dans sa logique d’homme d’action, il était soulagé et pressé de pouvoir enfin se défendre. Raison pour laquelle je l’ai dit, il avait demandé la levée de son immunité et est rentré dare dare de voyage en septembre. Il voulait que les choses se règlent vite pour pouvoir entamer tranquillement sa retraite. D’aucuns pensent qu’il était abattu et frustré de son éviction, ce n’est pas le cas. Fatigué physiquement et mentalement, il aspirait au repos et avait déjà décidé de demander à être remplacé à la CUD cette année (2007). Tout comme il avait en 2002, dès qu'il est devenu député, exprimé son désir de quitter le PAD. Il ne lui serait resté que son poste de député dont le mandat s’achève cet été. Tous ces cumuls, nous on le voyait, c’était loin d’être le paradis : il était submergé, désabusé aussi. Et puis je pense qu’il en avait assez des réunions, de la paperasse. C’est un homme de terrain pas de bureau. Bref, il se disait qu’à presque 70 ans, le temps était venu de s’arrêter et de passer le flambeau. Donc il a bien accueilli son remplacement. L’agitation, les excès, dans lesquels ça s’est fait, par contre, l’ont déçu. Entre autres le fait qu’il n’ait pas pu, comme c’est pourtant la coutume, faire son bilan et s’adresser aux populations. Pourquoi ? D’ailleurs, comment se faire du souci pour le PAD puisqu’il était persuadé que ses auditions montreraient que rien ne l’incriminait. Il n’imaginait pas un procès, encore moins dans ces conditions. A-t-il des inquiétudes aujourd’hui ? Oui ! Et pas parce qu’il aurait retrouvé la mémoire sur les fortunes qu’on lui cherche en vain dans les paradis fiscaux. Ni parce qu’il serait ce condamné dans le couloir de la mort qui réalise que la fin est proche. Non, c’est qu’il se rend compte que l’enjeu n’est PAS ou n’est PLUS qu’il ait fait ou non ce qui lui est reproché.

Cameroon-Info.Net: Parlons-en de ces accusations. Mr Etonde Ekoto est inculpé pour détournements (requalifiés en coaction pour quelques-uns : 3.800.000 F de prime de naissance du PAD avec Mr Siyam Siwe, 400.000.000 F CFA où s’ajoute Mr Babila Tita) et d’escroquerie foncière au préjudice du PAD. Sans vouloir entrer dans le fond d’une affaire en jugement, ne pensez-vous pas qu’il est au moins responsable (je ne dis pas coupable) des faits qui lui sont reprochés de par sa fonction de PCA ?

S. E. E. : Je l’attendais celle-là. Et j’y réponds NON. Non, même si on ne parle pas de culpabilité pure et dure. Vous vous dites sûrement et vos lecteurs aussi, c’est normal, c’est sa fille. Mais au-delà du fait que je sais pertinemment que ce n’est pas un voleur parce que je le connais en tant que personne, que je connais ses valeurs, son amour pour le pays et l’importance qu’il attache au travail, à l’effort, c’est aussi sur la réalité que je me base. Les faits sont là. J’ai déjà parlé de la supposée escroquerie foncière. Oui, il a signé le bail avec MAERSK : normal, il était le Délégué, il représentait la CUD ! (La ville a de tout temps géré ce terrain de la place UDEAC, et aucune direction du PAD ne l’avait jamais contesté). Et les 300 millions payés ont servi à la CUD pour aménager la nouvelle gare routière à Yassa. Comment peut-on l’accuser de les avoir empochés ?

Je suis convaincue que toutes les accusations fallacieuses contre lui se révèleront telles quelles sont, comme ça vient de se passer à la 9e audience le 3 mai : lors du contre-interrogatoire (enfin autorisé) le ‘témoin expert’, ce M. Mbida Amougou dont on a déjà parlé, a avoué que la mission de contrôle du l’Etat n’avait pas eu le temps de terminer son travail. Oh ? Ils n’ont même pas rapproché leurs hypothèses de la comptabilité du PAD ! C’est fort ! Et c’est sur ça que l’instruction s’est basée pour lancer au visage des Camerounais des sommes pharamineuses ? Hum… Mieux, ledit témoin qui a avait soutenu mordicus que Etonde et Siyam s’étaient partagés la prime spéciale de 3,8 millions que vous venez de citer a fait marche arrière dans la confusion la plus totale quand un avocat de l’ex-DG l’a confronté à un document qui prouve que cette prime a été distribuée à TOUS les administrateurs.

1) pourquoi donc les autres ont-ils eu un non-lieu et parle-t-on faussement de coaction à deux ?

2) si tu rajoutes 11 personnes dans le partage, même si ce n’est pas à parts égales, ce que tu imputes à Siyam et Etonde ne peut pas logiquement être le montant total. On a tous appris les divisions à l’école.

Autre chose sur la « responsabilité ». Avant d’en parler, il faut bien comprendre les fonctions du PCA. Sinon on lui met tout sur le dos en disant il était en haut de l’échelle, il devait être au courant, ça devait passer par lui… C’est inexact. Le PCA ne gère pas la structure et le consulter n’est pas requis pour chaque décision. Il ne négociait pas les contrats, n’attribuait pas les marchés, ne touchait pas aux finances, etc. Si cela avait été son rôle, il n’aurait jamais pu le concilier avec la CUD où il passait tout son temps ! C’est peut-être pour cela qu’on ne pouvait l’accuser isolément. Il a fallu le lier à ceux qui étaient vraiment commis à la gestion quotidienne grâce au mot magique de coaction. Comme ça tu n’as pas à réunir de preuves contre chacun, tu les mets tous dans le même panier et tu multiplies tes chances. Mieux, il y a même des sommes que des TIERS hors PAD ont admis avoir encaissées, mais on les a rajoutées à l’ardoise du PCA (qui n’a jamais traité avec eux) ! 1+1 = 3 apparemment. Tu lis ça et si l’enjeu n’était pas si crucial, tu en rirais tant c’est absurde, tant on saute bizarrement aux conclusions. Mais bon, on ne va pas plaider… Juste clarifier l’essentiel.

Dernier point, le deux poids deux mesures entre le PCA et les autres administrateurs. Ces derniers ont obtenu un non lieu, on l’a dit, alors que pour les mêmes charges Etonde est TGI. Comment est-ce possible ? Si on ignore le fonctionnement d’un CA on va dire c’est normal, il présidait. Mais ça n’a rien à voir. Le PCA n’a PAS plus de pouvoir que les autres. Aux votes, comme eux, il n’a qu’une seule voix et c’est la majorité qui l’emporte. Il peut donc être opposé à une idée ou un projet, mais que ça soit quand même adopté. Par ailleurs, on veut l’incriminer en disant que sa signature est au bas des résolutions. C’est normal, c’est la loi. Le PCA et le secrétaire de séance, en l’occurrence M. Siyam, devaient signer les résolutions. Mais elles avaient été décidées en conseil, à la majorité. Si le CA s’est octroyé des primes indues, comme on dit, comment se fait-il qu’on ne les ait pas tous blâmés ? Pointer Etonde seul pour des décisions collectives ? Sans parler du côté injuste, vous trouvez que ça tient la route, vous ? La prise en compte de la collégialité du conseil aurait voulu que TOUS soient accusés ou TOUS soient exonérés. Si on n’a trouvé aux autres aucune responsabilité sur ces primes, Etonde n’en a pas non plus.

Cameroon-Info.Net: D’accord, mais le système de collégialité n’empêche pas qu’on se désolidarise des cas de non-conformité ? Par exemple les primes d’intéressement, alors que ces primes ne concernent pas les membres du Conseil d’Administration (Le PCA aurait tout de même perçu 33.000.000 de francs pour ces seules primes!) ? Un PCA a tout de même le droit de déposer sa démission dans des cas extrêmes. Qu’en pensez-vous?

S. E. E. : Oui, le PCA pourrait démissionner ou consulter ses supérieurs ou essayer de s’opposer à des cas de non-conformité. Et je suis sûre que mon père (et d’autres dans le conseil) aurait réagi s’il avait été confronté à des abus. Pour les primes d’intéressement, c’est l’accusation qui dit que le CA ne « qualifiait » pas. Mais il y a plusieurs textes et définitions à prendre en compte sinon on tire des conclusions erronées. Une erreur flagrante au sujet de ces primes a d’ailleurs été facilement démontrée à l’audience du 8 mai : l’acte d’accusation affirme qu’elles ont été payées à 25% du bénéfice net, ce qui serait 5 fois plus que le pourcentage fixé par la loi. Or, par un simple calcul à partir du total, M. Siyam et son avocat ont prouvé que c’est bien au 5% légal qu’elles ont été payées ! Le témoin expert était plutôt embarrassé. Le procureur Souley (qui a rédigé ces charges à l’instruction) n’en menait pas large non plus. Quand au public, il n’en revenait pas, paraît-il. Par ailleurs, il ne faut pas loger toutes ces primes à la même enseigne. On fronce les sourcils sur tout ça aujourd’hui parce qu’on est dans un contexte de scandales. Mais la réalité est que la LOI permet au CA de s’octroyer diverses rémunérations et primes et d’en fixer librement le montant. Mais ça les gens l’ignorent. Ils ont juste mal au cœur et à la tête à être assommés de chiffres à zéros multiples. (Où sont les médias d’INFORMATION ?) On peut désapprouver la loi et vouloir que des limites soient fixées, mais pas condamner les administrateurs (surtout pas un seul) ! D’autant plus qu’il y avait parmi eux des représentants de l’Etat. Les choses ne se sont donc pas faites en cachette (ils avaient le droit !) et des exemplaires des résolutions allaient aux ministères de tutelle. S’il y avait un souci, ça aurait dû être relevé et corrigé. Mais indexer le PAD, c’est pointer bien des sociétés publiques ou parapubliques puisque je l’ai dit plus tôt, il était au bas de l’échelle à l’époque où Etonde y était en termes de primes. Enfin, j’ajouterai ceci : on peut encore moins accuser le CA parce que l’organe censé le superviser et éviter les excès ou les erreurs, c’est-à-dire l’assemblée générale, est absent. Depuis la création du PAD en 1999, ses membres n’ont pas été nommés par l’Etat. Bref, le CA usait de ses prérogatives en fixant les primes. Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a pas un problème de fond ? Non ! A mon avis, il faut imposer des cadres légaux et financiers plus stricts, comme ça s’est fait ailleurs. Mais là, on n’est pas au procès de la réglementation. Alors il faut admettre que pour ces primes il n’était pas question de détournement ou de manigances. Il n’y avait donc pas raison pour mon père, ou tout autre, de se désolidariser comme vous dites ou de poser sa démission : il n’y avait pas de cas extrêmes ou de non-conformité !

Cameroon-Info.Net: Que souhaitez-vous que les Camerounais qui vous liront retiennent au terme de cet entretien ?

S. E. E. : Hum ! C’est la question la plus difficile de cette conversation… Je veux d’abord vous dire MERCI à tous d’avoir pris le temps de lire ceci. Merci d’aimer notre pays et de désirer qu’il devienne ce dont nous rêvons. Un homme a dit : « J’ai mieux à faire que de m’inquiéter de l’avenir. J’ai à le préparer. » Pour nous, il s’agit d’amener à l’existence des choses qui ne sont pas : un Cameroun plus juste, plus uni, plus vrai, plus démocratique, moins corrompu. C’est une tâche colossale. Mais impossible n’est pas camerounais, n’est-ce pas ?

Toutefois, ce que nous appelons de nos vœux ne s’accomplira jamais dans un climat de HAINE ou d’INDIFFÉRENCE. Si l’amour est aveugle, la haine, elle, rend en plus sourd et muet. Aveugle face à l’autre, sourd à la vérité et muet pour la paix. On croit triompher par elle, puis on s’aperçoit qu’on est ses captifs. Et celui qui vit par l’épée meurt par l’épée. Le Cameroun sera ce que nous en ferons. Faisons les bons choix. En l’occurrence, le choix d’exiger la vérité, pas la vengeance. Le choix de rechercher la vérité, pas la satisfaction immédiate. Le choix d’accepter la vérité, pas le compromis. La VERITE affranchit. De la peur. Du mensonge. De la haine. Du mal…

Aujourd’hui je ne veux pas vous courtiser, vous confronter ou vous convaincre. Je ne suis pas là non plus pour donner des leçons et ne prétends pas avoir toutes les réponses. Je veux simplement entrebâiller la porte du « et si ? », semer un soupçon de doute, d’interrogation. ‘Et si’ a changé le monde et ouvert la voie aux découvertes les plus inouïes de l’humanité. Car les apparences peuvent être trompeuses et il existe des exceptions. La corruption n’est pas une légende. Et si, malgré tout, Etonde n’avait pas volé ? Pourquoi ? PAS parce qu’il est meilleur que les autres, plus fort ou plus vertueux. Mais plutôt parce que ses circonstances étaient différentes.

A sa nomination au PAD, il avait 62 ans. Il était accompli, ses enfants autonomes, sa retraite assurée, par ses décennies de travail. Il n’avait plus rien à prouver, sauf qu’il pouvait être un vrai grand-père gaga et casanier. Il n’avait jamais eu des goûts de luxe, ce n’était pas un fêtard, il ne courait pas le monde. C’est tout ça qui l’a gardé, l’a protégé de la tentation. Tes valeurs peuvent flancher sous la pression, mais si tu es satisfait de ta situation et que tu mesures le risque (en bon militaire, croyez-moi il sait évaluer le danger), tu ne fais pas de folies ! Dit autrement, l’appât peut être le plus appétissant du monde, si le poisson est rassasié, il ne mordra pas à l’hameçon. Surtout pas pour bousiller tout ce qu’il s’est battu toute sa vie pour construire, pour atteindre ! Mon père n’est pas un spéculateur qui a joué à quitte ou double. Il a trop galéré à bâtir sa vie pour la détruire maintenant, à l’heure de la retraite, pour des millions dont il n’a pas besoin ! Vous l’avez découvert quand il est devenu un homme public en 2001 et depuis le cynisme ambiant a fait le reste face à son aisance réelle ou supposée. Conclusion facile, il a puisé dans les caisses. Pourquoi faire ? Il s’était fait à la force du poignet pendant 64 ans ! Nous, on est une génération micro-ondes, on veut tout, tout de suite. Leur génération n’était pas comme ça, ils étaient patients, bosseurs. Chacun de nous a au moins un exemple de ça autour de lui.

Moi, je me souviens des longues années qu’on a passées en location à Akwa Nord à souffrir les embouteillages de la route unique avant que ma mère et lui se disent, la cinquantaine passée : c’est bon, on peut se poser, construisons notre maison. Je me souviens de ses va-et-vient à la plantation et dans ses champs à travailler la terre, à lutter contre les multinationales pour les locaux. Je me souviens de toutes ses heures supplémentaires à la CUD, à bosser à un rythme qui épuisait ses jeunes collaborateurs, à aller sur le terrain. Je me souviens de ses rêves, ses combats pour Douala, sa ville natale, et de ses cruelles déceptions quand ça tombait à l’eau ou ça bloquait. C’est cet homme-là qui serait subitement devenu un pilleur sans foi ni loi ? Cet homme-là qui aurait planté un couteau dans le dos de la nation qu’il s’est voué à servir, avec ou sans uniforme ?

Ce que j’aimerais que vous reteniez ? Edouard Etonde Ekoto n’est pas un ange, puisqu’il est humain, mais ce n’est pas le démon que vous croyez. Ce n’est pas un saint, comme chacun de nous il est imparfait, mais ce n’est pas l’horrible vilain qui vous est dépeint. (A cette allure, il remplacera bientôt le njounjou comme épouvantail par excellence dans l’imaginaire collectif !) Peut-être mon père paiera-t-il pour les années d’impunité et que peu broncheront. Mais je le crois, je le sais, un jour la vérité reprendra ses droits. Peut-être en serons-nous témoins, peut-être que ça sera après nous. Mais au procès de l’histoire, la preuve sera faite.
Ce que je veux dire aux Camerounais ? Dans cette affaire mais par-dessus tout au-delà de cette affaire, ne renoncez jamais aux standards suprêmes de la justice et de la vérité. Poursuivez-les avec acharnement. Car rien, absolument rien, ne vaut la peine qu’on les sacrifie. Aucune ambition. Aucune résignation. Aucune tentation. Aucune passion. Aucune pression. VOUS N’ÊTES PAS APPELÉS À ÊTRE DES ÉCHOS. VOUS ÊTES DESTINÉS À ÊTRE DES VOIX! Trouvez-la, votre voix, et marchez dans la voie de l’intégrité qu’elle vous trace et qu’elle réserve à notre cher Cameroun !

Cameroon-Info.Net : Sandrine Etonde Ekoto, nous vous remercions.
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