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Frédéric FENKAM, auteur des "Révélations de Jean FOCHIVE", face à Cameroon-Info.Net
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Paris, le 4 Février 2004
© Cameroon-Info.Net
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Monsieur FENKAM, depuis Paris, s'exprime sur ce qu'il assume le plus, le contenu du livre... "Pourquoi croyez-vous que les gens comme Fochivé se battaient pour conserver un pouvoir qu’il savait leur échapper ? ...C’était pour sauver leurs têtes car le changement tel que vous l’annonciez, avec vos conférences et vos procès, auguraient un massacre. Ils n’y auraient jamais échappé. J’étais le neveu, je savais et je sais que le monde sous-développé ne connaît pas l’indulgence. C’est un monde enclin au sang et à toute forme de violence"
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Cameroon-Info.Net: Qui est Frédéric Fenkam ? Parlez-nous de votre parcours...


Frederic Fenkam
Photo: © CIN Archives
Frédéric Fenkam: Frédéric Fenkam est un camerounais âgé de 49 ans, marié et père de 2 enfants. Après des modestes études supérieures en France, je suis revenu au Cameroun en 1984 jouir avec mes compatriotes des derniers moments de l’Eldorado qui a précédé la crise économique. Ma première activité au Cameroun a été l’édition musicale que j’ai dû abandonner quand j’ai succédé à mon père en 1988. Je suis rentré à Bafoussam pour créer une entreprise de travaux et de manutention qui marchait toute seule au point où j’ai commencé à m’ennuyer. En 1990, profitant des nouvelles lois sur la liberté de la communication, j’ai fondé le journal «Cameroon Express» et me suis découvert une vocation de communicateur. Une année plus tard, j’ai bénéficié d’une bourse du gouvernement des USA pour aller me former aux Etats Unis. A mon retour, j’ai réalisé combien il était difficile d’exercer cette profession dans nos pays, surtout à cette époque où tout le monde confondait la démocratie naissante à l’anarchie ambiante. Bref, Je suis de ces Camerounais qui sont nés et ont grandi dans la bourgeoisie à laquelle la plupart de nos compatriotes aspirent à l’heure qu’il est. Pourtant, j’ai toujours été animé par l’esprit de l’entreprise et de la créativité.


Cameroon-Info.Net: Si vous êtes au devant de la scène aujourd’hui, c’est parce que vous avez publie un livre intitulé: "Les Révélations de Jean Fochivé, chef de la Police politique des Présidents du Cameroun". Votre première rencontre avec lui ?

Frédéric Fenkam: Jusqu’à l’âge de 12 ans, je ne connaissais mon oncle que de nom, parce que ma mère m’en parlait. En 1952, mes parents l’avaient retrouvé à Bafang et avaient été très proches de lui mais je n’étais pas encore né. En 1968, mon père eut des problèmes à son lieu de travail et fut incarcéré avec l’ancien Maire de Bafoussam, le regretté Dr Tagny Mathieu et d’autres. Dès son retour, ma mère lui demanda et obtint que j’aille vivre avec mon oncle à Yaoundé, alléguant que pendant son absence, j’avais flirté avec la délinquance juvénile, je préférais jouer de la guitare plutôt qu’aller à l’école. En 1972, ma mère m’emmena donc à Yaoundé et mon oncle alla m’inscrire au Lycée Leclerc. Avant d’acheter mes fournitures d’école, il m’offrit ma première guitare. Depuis ce temps, j’étais considéré comme un de ses fils. En 1979, il m’envoya en France.


Cameroon-Info.Net: Avant la publication de votre ouvrage, vous rencontrez au Cameroun le Directeur de la Recherche Extérieure. Pourquoi ce monsieur et bien d’autres pensent-ils que Fochivé ne vous a pas fait ses révélations ?

Frédéric Fenkam: Les conditions dans lesquelles j’avais rencontré le DG du DGREX étaient d’usage. Quand mon livre avait commencé à prendre forme comme je le dis en avant-propos, mû par un snobisme intellectuel, je l’avais fait lire à certaines personnes proches de moi et proches du DGREX. Bien avant qu’il ne me demande de venir le voir, le DG avait déjà parcouru la première mouture. Nous avions donc discute longtemps, pas seulement à propos du livre mais de mon oncle aussi. Il s’était d’ailleurs montré très affable et très humble en me faisant comprendre qu’un ouvrage comme celui-là n’était pas le bienvenu au Cameroun et que je pouvais m’attirer la foudre de certaines personnes. C’est bien ce que j’ai ressorti en avant-propos. Il est vrai, il avait d’abord tenté de m’intimider en déclarant que tout ce que j’avais écrit n’était qu’affabulations. Je savais que c’était un coup de bluff et je le lui avais plus ou moins fait savoir. Finalement, il avait choisi de jouer à l’adulte indulgent aux diableries infantiles. Par contre, s’il y a d’autres gens qui pensent que Fochivé ne m’a pas parlé, alors ce sont des entêtés qui ne veulent pas accepter que mon oncle était d’un genre particulier dans son travail et qu’il avait certainement prévu certaines choses. Il était comme ça. Toute entreprise pour lui était une combinaison de puzzles qui apparemment ne s’encastraient nullement l’un dans l’autre. Il utilisait les hommes, et lui seul savait à quel ouvrage. Vous pouviez travailler dix ans pour lui en vendant des avocats devant une boulangerie, sans jamais vous rendre compte que vous étiez un élément important d’une puissante machine qu’il avait mise en place.


Cameroon-Info.Net: Avant de parler du contenu du livre, avez-vous consulté vos cousins (les propres fils de Fochivé) qui ont aussi rejeté le contenu du livre ?

Frédéric Fenkam: Pourquoi devrais-je consulter mes cousins pour écrire un innocent ouvrage ? Ceux qui étaient les plus proches de moi, bien qu’ayant parcouru le manuscrit, ne prenaient pas mon projet au sérieux. Je comprends les uns et les autres car écrire un livre n’est pas chose facile. J’avais commencé en 1999. Depuis quatre ans, j’en parlais et on ne voyait rien et je sentais que certains me prenaient déjà pour un mythomane vantard.


Cameroon-Info.Net: Maintenant, présentez-nous le livre, les éléments qui vous ont permis de travailler dessus, les archives, personnages et autres qui y ont contribué.

Frédéric Fenkam: Comment me demandez-vous de vous présenter ce que je vous offre ? N’allez-vous pas finir par me demander de vous le lire aussi ? Le livre est à votre disposition. Creusez, fouillez, bêchez. Je suis disposé à répondre à vos questions.

Vous savez, ce que vous me demandez là n’est pas facile. Résumer quatre laborieuses années d’une œuvre d’esprit n’est pas facile. Mais je dois vous avouer qu’intérieurement, je suis satisfait des premières réactions que j’enregistre à propos de cet ouvrage. J’ai dit quelque part que tout membre de la famille qui aurait eu de la volonté et des aptitudes intellectuelles aurait pu écrire un livre sur Jean Fochivé. Chacun de nous qui étions souvent avec lui à table connait son parcours. D’ailleurs ce soir-là où j’étais resté seul avec lui, je ne me doutais pas qu’il irait aussi loin. Il n’y avait rien eu de spécial. Je sais que j’ai réussi la performance de le mimer dans la retranscription et la traduction. Ceux qui le connaissaient bien, certains de mes cousins me l’ont dit, ont l’impression de l’entendre parler. Par contre, ceux qui de leur petit coin veulent polémiquer sont ceux qui ne lui avaient plus jamais rendu visite depuis la date du 1er mars 1996 où il avait été demis de ses fonctions d’une manière aussi disgracieuse. Pour avoir été très proche de lui pendant sa dernière année de vie et de chômage, je me suis longtemps posé des questions avant de me décider. Pourquoi les gendarmes avaient-ils cerné la délégation à la sûreté nationale une heure après la publication par la CRTV du texte présidentiel nommant Luc Loé ? Qui plus est, le décret présidentiel ne destituant pas Jean Fochivé, le Chef de l’Etat ne pouvait pas avoir donné de telles instructions, prendre le risque d’envoyer une force armée encercler le siège d’une autre force armée ? Ce soir-là, j’étais présent. Les policiers qui n’entendaient pas se faire ridiculiser de cette manière par des gendarmes étaient prêts à réagir au moment où mon oncle était arrivé. Les gendarmes l’avaient laissé entrer et nous avaient tous bloqués dehors. Il avait donc fallu que son garde de corps monte le ton pour que les gendarmes nous laissent passer. Mon oncle avait calmé ses policiers et était monté à son cabinet au 5è étage pour trouver le Général Angouang, en compagnie de quelques gendarmes, qui faisait les cent pas dans le couloir. Mon oncle, je me souviens, lui a dit exactement ceci: «Angouang, que fais-tu dans mon cabinet ? Allez, fous-moi la paix». Nous l’avions ensuite suivi dans son bureau et nous sommes mis à ranger ses documents. Ceci avait duré deux heures de temps. Je voudrais en venir à ceci: l’éviction de mon oncle, telle qu’elle s’était déroulée, et lui aussi avait fini sûrement par s’en convaincre, était l’aboutissement d’une machination à laquelle le Chef de l’Etat avait involontairement participé. Ceux qui avaient orchestré ce départ définitif de Fochivé ont bien monté le coup. Mais ne vous trompez pas, ce n’était nullement dans le souci de débarrasser le peuple camerounais de son quelconque bourreau mais de débarrasser la classe gouvernante d’un empêcheur de détourner en paix. Convenez avec moi que depuis ce temps, les gens défilent à la caisse. Je le souligne déjà dans le livre.


Cameroon-Info.Net: Il faut noter que c’est un livre qui se lit facilement, pertinent dans l’ensemble, qui tient le lecteur en haleine, mais qui présente une difficulté majeure: l’auteur principal n’est plus là pour répondre à certaines questions. Vous allez donc essayer de vous mettre dans la peau de votre oncle, pour répondre par moments ?

Frédéric Fenkam: Je vous remercie pour le compliment. Sans fausse modestie, c’est le résultat de quatre années de travail, et en littérature, il n’y a rien de plus difficile que d’écrire un ouvrage dans un langage facile. Pour ce que vous me demandez, je fais un effort pour m’interdire de me mettre dans la peau de mon oncle, pourtant, certains trouvent que je veux le «laver». En a-t-il besoin là ou il est ? J’ai dit quelque part, je ne sais plus pour répondre à quel journaliste, que l’éducation complète consiste à savoir écrire et aussi à savoir lire. J’ai eu l’occasion avec cet ouvrage de découvrir que certaines personnes veulent intervenir sans s’assurer d’avoir bien lu le livre. Sa rédaction a été longue parce qu’il est plein de subtilités et renferme les réponses à plus de mille et une questions qui me sont encore posées. Il n’y a pas plus analphabète qu’un bon scribe qui ne sait pas lire, de même il n’y a pas plus ignorant qu’un bon hâbleur qui ne sait pas écouter.


Cameroon-Info.Net: Tout au long du livre, l'on a l’impression de lire un Homme humilié, aigri, qui faisait une sorte de mea-culpa, qui voudrait se donner une autre image que celle que les camerounais avaient de lui. Pas vous ?

Frédéric Fenkam: Je crois que votre impression vous a à moitié trompé. Il est certes vrai, Jean Fochivé s’était senti humilié et frustré, mais il n’en était pas pour autant devenu aigri. Il a longtemps gardé la confiance en M. BIYA. Par ailleurs, si tout au long de sa carrière il avait su rester imperturbable, ce n’est pas après la soixantaine qu’il devait faire un mea culpa. Arrêtez aussi de raisonner comme s’il m’avait chargé d’une mission. J’ai décidé tout seul de transcrire une conversation, au risque de me tromper sur quelques dates ou quelques noms. Quant à l’image que les Camerounais avaient de lui, je pense que ce n’était pas son problème. Il avait accepté depuis plus d’une quarantaine d’années de jouer le croquemitaine pour «défendre l’Etat et les institutions républicaines». S’il revenait aujourd’hui, je suis sûr qu’il regagnerait ses bureaux de la «Vallée de la Mort» et se remettrait au travail sans complexité. Sa seule faiblesse, c’était les membres de sa famille sur lesquels même son naturel regard torve n’avait pas d’effet.


Cameroon-Info.Net: N’eut été la mise à l’écart de Jean Fochivé par un système dont il a été l’un des plus dévoués serviteurs et que certains diraient bâtisseurs, pensez-vous que ces révélations auraient jamais été faites ?

Frédéric Fenkam: Je me demande plutôt si j’aurais pensé à écrire un tel ouvrage si mon oncle n’avait pas été écarté d’une manière aussi disgracieuse et s’il était mort des suites de maladie.


Cameroon-Info.Net: Parlant du patriotisme, ne craignez-vous pas d’être perçu comme l’une de ces énièmes personnalités qui viennent grossir la listes des "aigris" d’un régime, puisque selon vous, nous devons en partie la publication de votre livre à l’échec des négociations que vous avez acceptées avec le DGRE qui a tenté de vous racheter le manuscrit ?

Frédéric Fenkam: Vous parlez de l’échec des négociations. Lesquelles ? Si c’est ainsi que vous traitez cette exigence que j’avais relevée et qui consistait à rembourser quelqu’un qui avait déjà investi dans la fabrication du livre, je dirais que c’est un langage bien de chez nous où on voit les «vendus» et les «achetés» partout. Savez-vous qu’à la longue le mot patriotisme n’a pas de réelle signification dans notre pays ? Même un agent public ne peut plus rendre service à un citoyen sans que ses collègues ne réclament leur part d’argent. Par ailleurs, vous parlez de la liste d’aigris du régime. Si c’est pour signifier les victimes du régime, je dirais que 90% des Camerounais le sont. Mais si vous voulez savoir si je n’ai pas été frustré par des promesses non tenues, je vous répondrais qu’il y a un peu de cela, mais ce n’était pas une question d’argent que j’aurais dû gagner personnellement. C’est lui qui s’était proposé de rembourser l’argent qui avait servi à acheter les rouleaux de papier déjà découpés à l’imprimerie. Pour vous dire la vérité, je m’étais résigné et projetais déjà de jouer une musique renfermant le recueil de cantiques religieux qu’il aimait chanter, comme je l’avais fait aux obsèques et aux funérailles de tante Alice. Je pense au contraire que le fait de n’avoir pas demandé de l’argent les avait intrigué, et les ont poussé à commettre ces erreurs qui m’ont permis de comprendre, de commencer à me demander si ces innocentes révélations de mon oncle ne renfermaient pas des choses que les camerounais ne doivent pas savoir. Si l’interdiction de cet ouvrage était vraiment un ordre du Chef de l’Etat, etais-je confronté à l’intérêt supérieur de la nation ou au simple zèle de fonctionnaire ? Le D.G m’avait dit de faire recours à mon sens du patriotisme. J’en étais flatté, et, malheureusement, parce que j’en ai à revendre de sens de patriotisme, j’ai été victime d’une fourberie. Laquelle ? De source de la présidence, le bruit courait que j’avais perçu 24 millions de FCFA et certains de mes cousins venaient de Yaoundé me le confirmer, tout en réclamant leur part. A force d’y penser, ma nature avait pris le dessus. Il y a des gens qui goûtent le poison avec la langue.


Cameroon-Info.Net: Dans les deux premiers chapitres, il y a des faits qui interpellent sur votre attitude et rôle auprès de votre oncle:

=> Ne vous considérez-vous pas comme l’un des acteurs du sabotage du processus démocratique dans notre pays, par votre rôle de conseiller auprès de votre oncle, puisque vous lui donniez des solutions pour contrer la grève des taximen à Douala en 1991 ?



Frédéric Fenkam: Vous me faites marrer en tenant ce genre de langage. Pensez-vous sérieusement qu’il y ait eu une moindre volonté d’engager un processus démocratique dans ce pays ? Sans vouloir vous offenser, je dirais que vous êtes naïfs. (Le journaliste: Ce n'est que le contenu de votre livre...). Pourquoi croyez-vous que les gens comme Fochivé se battaient pour conserver un pouvoir qu’il savait leur échapper ? Ce n’était pas pour gagner de l’argent ou pour le plaisir de gouverner. C’était pour sauver leurs têtes car le changement tel que vous l’annonciez, avec vos conférences et vos procès, auguraient un massacre. Ils n’y auraient jamais échappé, J’étais le neveu, je savais et je sais que le monde sous-développé ne connaît pas l’indulgence. C’est un monde enclin au sang et à toute forme de violence. Il vaut mieux pour Saddam Hussein d’être entre les mains des Américains que celles des Kurdes. Ceux qui demeurent au pouvoir ont peur des règlements de compte qui d’ordinaire suivent les changements profonds dans nos pays. La démocratie que vous évoquez requiert certaines prédispositions d’esprit qui ne sont pas à la portée du premier opposant embryonnaire. Regardez, même au sein des nos partis politiques d’opposition, tout c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Il y a des leaders qui sont là depuis plus d’une décennie, qui essuient défaite après défaite. Sans aucune humilité, ils se contentent de les traiter de conjecturelles et on repart pour des prochaines élections. Vous croyez que c’est arrivés à Etoudi qu’ils vont commencer à compter leurs années de règne ? Nous assistons à une course effrénée pour l’accession à la mangeoire nationale. Si non, quel est aujourd’hui le bilan de cette mise en marche du processus démocratique ? Quelques députés à l’Assemblée nationale qui servent d’alibi démocratique au pouvoir ?


Cameroon-info.Net: A la page 34, pour casser l’opposition et les villes mortes lancées par l’opposition à Douala, vous proposez à votre oncle: «D’opposer les tribus de la région affectée entre-elles, en tribalisant les postes de commandements, de telle sorte que chaque tribu dont le fils serait préfet ou sous-préfet sentirait peser sur elle la responsabilité de se défendre et, par conséquent, celle de préserver la paix». Certes votre oncle n’a pas accepté. Avez-vous songé que ce genre de logique a conduit à des génocides ailleurs en Afrique ?


Frédéric Fenkam: Pendant que vous y êtes, pourquoi ne dites-vous pas que c’est dans mon livre que vous avez découvert le mot tribalisme ? Le génocide rwandais que vous évoquez a des raisons plus profondes que la simple utilisation de la tribalité individuelle pour tenter de remettre de l’ordre dans un pays en plein marasme économique doublé de maraudage gouvernemental. Je pense jusqu’à ce jour que tous ces «chefs de terres» formés à la hâte dans une école qui s’est vue transformée en un dépotoir de tous les ratés des familles privilégiés originaires du Centre et du Sud, sont à 90% responsables du malaise entre les gouvernants et les gouvernés. Ils gèrent les hommes avec ce qu’ils croient avoir retenu pendant leur formation, sans tenir compte de certaines sensibilités. Nous vivions l’époque du «ça gâte, ça gâte» et seuls ceux qui avaient encore la responsabilité de maintenir le navire cherchaient des solutions en vue de préserver la paix précaire. Dans la série des idées noires qui fusaient de toute part, la mienne, j’en demeure convaincu, aurait évité l’instauration des légendaires commandements opérationnels et bien d’autres choses tout aussi déplorables.


Cameroon-Info.Net: Parlons du chapitre 8: "Ceux qui m’ont haï et combattu, m’ont rendu plus fort: Mes frères Bamoun, Mes cousins Bamiléké".

Attardons-nous un peu sur les feuilles consacrées à ses cousins.


Jean Fochivé pose une question à laquelle lui-même n’a jamais eu de réponse: «Je ne comprends pas qu’un peuple majoritaire, cultivé, dynamique et conquérant se plaise à jouer au martyr dans un pays comme le Cameroun dont la force ne repose que sur la diversité culturelle. Peut-on espérer gouverner ce pays en combattant les vrais artistes de son économie… » ? Il trouve également que "les Bamiléké sont individualistes", ce qui d’ailleurs les affaiblit. Dans le même sens, il dit que les ses cousins « … se contentent TOUJOURS de saisir au vol un mouvement pensé et organisé par une autre tribu, et y mettent plus de passion… » Ce fut le cas hier avec l’UPC des Bassa, aujourd’hui avec le SDF des Anglophones, et à tous les coups ils sont les grandes victimes de la répression et de l’exclusion qui s’en suivent. Cherchant à comprendre le phénomène, il lui est arrivé de se poser la question suivante: «Les Bamiléké sont-ils une tribu ou de groupuscules d’individus rassemblés par des contraintes migratoires» ? C’est vrai que peu de personnes auraient pensé votre oncle capable d’une telle réflexion. Que pensez-vous de tout cela, les cousins en ont-ils conscience ?

Frédéric Fenkam: Je dois vous avouer que moi aussi je ne comprends pas, mais je pense que le Cameroun tout entier doit évoluer vers une totale intégration des peuples. A défaut d’un pays riche et prospère, nous devrons laisser à nos enfants un Cameroun où il n’y aura ni bamiléké, ni béti, ni douala, ni fulbé, ni bakwéri… mais seulement des Camerounais. En ce moment, nous nous éloignons de plus en plus de cette unité qui devait faire de nous une véritable nation.


Cameroon-Info.Net: Parlant de la sécurité et du renseignement, votre oncle a essayé en vain de faire comprendre au Président BIYA que le renseignement est plus une affaire du chef de l’Etat que de l’Etat, ce que souligne aussi le commissaire Ela dans son livre «Dossiers Noirs sur le Cameroun». Selon vous, pourquoi le président a pris des distances avec les responsables de renseignement ?

Frédéric Fenkam: Le président Biya n’avait vraisemblablement pas été préparé à assurer la succession de son prédécesseur. Il a donc traversé une très longue période d’atermoiement, et d’incertitudes. Naturellement il devait essayer de s’affirmer sans donner l’impression de dépendre des anciens Ahidjoïstes. Il devait sûrement hésiter entre une ouverture précipitée et la prudence que devaient sûrement lui conseiller quelques anciens. Je suppose que c’est ainsi qu’il a fini par tomber pieds et mains liés dans le piège des flagorneurs qui ont définitivement installé au Cameroun un second trône, un système qui a astucieusement balayé les Fochivé et semblables. Jusqu’à ce jour, M. Biya ne donne pas l’impression de comprendre quel est le rôle profond d’un service de renseignements. Il le confond à la police publique. Fochivé fut un cas d’exception.


Cameroon-Info.Net: La révocation de votre oncle en 1984 d’après lui était la machination de l’entourage du Président, qui l’empêchait de révéler les auteurs de la tentative de coup d’Etat d’avril 1984 ? Coup orchestré par le clan du président pour l’implanter le pouvoir et la suprématie de la tribu Beti, celle-là même qui a instauré un réseau parallèle de renseignement qui contrôle le chef de l’Etat ? Que pouvez-vous ajouter à cela, d’après ce que vous détenez comme documents émanant de votre oncle ?

Frédéric Fenkam: Venant de mon oncle qui était unes des bouches autorisées, je ne peux faire aucun commentaire, mais au vu de la tournure que prirent les choses plus tard: son limogeage précipité au cours d’une émission militaire de radio Yaoundé, la super autorité que s’octroyèrent les officiers supérieurs de l’armée après cet triste événement et surtout, le massacre qui s’en était suivi après des parodies de procès d’un tribunal militaire tendancieusement constitué à la hâte, on peut que croire à ce que dit mon oncle.


Cameroon-Info.Net: Pensez-vous, Monsieur Fenkam, avoir honoré la mémoire de votre oncle ?

Frédéric Fenkam: Je n’avais nullement cette ambition, mais au moins j’espère pouvoir le mettre à sa juste place, c’est à dire parmi ceux-là qui ont cassé trop d’œufs pour faire très peu d’omelettes. J’ai aussi l’espoir de faire bouger ceux qu’il aurait fait mourir et ceux qui l’auraient fait mourir.


Cameroon-Info.Net: Pensez-vous que les Camerounais, en lisant votre livre, n’auront plus cette image de personnage lugubre, d’assassin, d’homme sans cœur qu’à porté votre oncle ?


Frédéric Fenkam: Je ne pense pas que les Camerounais, dans l’état d’indolence et de misère qui est le leur soient capables de penser à autre chose en ce moment qu’à leur survie. Chacun devrait pourtant se demander ce qui a changé au Cameroun depuis l’éviction ou la disparition de Jean Fochivé. C’est aussi cela le message de cet ouvrage né de l’instinct de mémoire d’un neveu sentimental. Je répercute ici ce qu'aurait pu dire mon oncle: l’ennemi de notre pays n’est pas un homme, quelque soit sa puissance. C’est un système vieux de plus de quarante années qui, au fil du temps, a été machiavéliquement revu et corrigé.


Cameroon-Info.Net: Quelles sont aujourd’hui vos relations avec vos cousins ?

Frédéric Fenkam: Je n’ai jamais eu de problème avec mes cousins. Il est vrai, certains ont paraphé à la hâte des lettres destinées à couvrir certaines incompétences, mais en fait, avaient-ils seulement lu le livre ? Je sais que tous les enfants de mon oncle ont bénéficié chacun d’une parfaite éducation. Du vivant de leur père, ils ne s’occupaient pas de ses affaires d’Etat, pourquoi devraient-ils le faire aujourd’hui ?


Cameroon-Info.Net: Que faites-vous actuellement ? Avez-vous peur pour votre vie ?

Frédéric Fenkam: J’exerce ma profession de journaliste en France. Comme vous devez le savoir, c’est une profession qui comporte des risques énormes. Les seules personnes qui pourraient m’en vouloir sont celles qui ont peur de ce que je n’ai pas encore dit.


Cameroon-Info.Net: Certains Camerounais qui liront cette interview, auront probablement un goût d’inachevé. Etes-vous prêt à venir sur Cameroon-Info.Net (Forum, Chat) poursuivre le débat avec les Camerounais... ?

Frédéric Fenkam: Bien sûr. Je suis disponible.


Note: Comme vous le savez déjà, le livre est disponible sur le cybermaché de Cameroon-Info.Net. Cliquez ICI.
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Jean-Jacques ESSOMBE
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