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«Blis» était malade. Très malade. Depuis plusieurs mois, il avait déserté les bureaux de la Société de presse et d’édition du Cameroun (Sopecam) à Bonanjo (Douala). Sa signature avait disparu des colonnes du quotidien gouvernemental. Ses nouveaux repaires, c’étaient les centres hospitaliers, les laboratoires de tradi-praticiens et les lieux de prière. Il recherchait la guérison à tout prix. Et ne négligeait aucune piste qui pouvait l’aider à vite retrouver l’ambiance de sa salle de rédaction. Malheureusement, l'indescriptible douleur qu'il disait ressentir dans la cage thoracique, a finalement eu raison de lui, alors que tous les examens médicaux effectués se révélaient «négatifs». Le journaliste de Cameroon Tribune est décédé vendredi, 30 octobre 2009 en début d’après-midi, à l'Hôpital général de Douala. Il aurait eu 53 ans le 08 février 2010.
Claude, son épouse depuis seulement deux ans, est inconsolable. Mais qui était donc Benjamin Lissom Lissom pour mobiliser autant de monde dès l’annonce de sa mort ?
Le défunt était, en effet, une plume bien connue de la presse camerounaise. Une profession qu’il a embrassée tout à fait par hasard, au début des années 90. Benjamin Lissom Lissom n’avait jamais été dans une école de journalisme. Mais, du plus beau métier du monde, il en parlait avec autorité. Parce que, se vantait-il, il avait eu la chance de côtoyer les grands maîtres en la matière. Comme Casimir Amassana, qui lui a mis le pied à l’étrier du temps où il offrait ses services de reporter au légendaire journal Le Combattant.
Une authentique icône du Learning by Doing, qui a fini par s’imposer comme l’un des meilleurs limiers dans les rubriques de faits divers et des chroniques judiciaires. Plusieurs titres de la presse privée, à l’instar de Dikalo, Le Messager ou La Détente, ont d’ailleurs bénéficié des écrits de cet homme à l’allure éternellement jeune, qui savait distiller la joie de vivre partout où il se trouvait.
Pour l’auteur de ces lignes comme pour beaucoup d’autres jeunes, Benjamin Lissom Lissom était plus qu'un confrère. C'était carrément mon père. Lorsque je débutais dans le journalisme en 1996, en qualité de stagiaire à l'hebdomadaire Challenge Hebdo, c'est Benjamin Lissom qui a en effet guidé mes premiers pas. Il était alors Rédacteur en chef de ce journal.
Il m'a aussitôt adopté et procuré des tonnes de conseils. «Tu veux vraiment faire le journalisme ? Alors, continue de me produire ce genre d'article. C'est ton truc...», avait-il dit un soir de bouclage au jeune débutant que j'étais.
Grâce à «Benjo», j'ai en effet appris le langage des hommes de Droit. Il m'a ouvert les portes des cabinets d'avocats, des bureaux de procureurs et largement contribué à étoffer mon carnet d'adresses. Malgré la douzaine d'années passées dans les salles de rédaction, il continuait de garder un œil attentif sur tout ce que je produisais comme articles. A me féliciter, comme au premier jour, lorsque j'avais bien traité un sujet selon lui ; mais aussi, à me passer à la guillotine lorsqu'il avait l'impression que mon travail avait été bâclé, à son goût. Un vrai parrain, en somme, qui a pratiquement toujours eu le dernier mot lorsque je devais partir d'une rédaction pour une autre ; lorsque je devais choisir de boire une bière ou un jus de fruit en sa compagnie. Adieu Papa !
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