LETTRE OUVERTE DE CHIEF MILA ASSOUTE AU PEUPLE DU CAMEROUN ET
A Monsieur Paul BIYA, Président de la République du Cameroun, en vacances à la Baule.

Chief Milla ASSOUTE
Photo: © Archives
Mes Chers compatriotes,
Monsieur le Président de la République,
J’ai appris avec une très vive consternation, le drame qui s’abat sur notre population depuis quelques jours avec deux graves accidents successifs : l’incendie provoquée par le déraillement d’un train transportant des produits pétroliers dérivés et un second déraillement en l’espace de 48 heures d’un train transportant des personnes entre Ngaoundéré et Yaoundé, ayant causé la mort à quelques centaines de victimes et autres blessés graves.
Il est prouvé que la Camrail n'a jamais respecté son cahier des charges signé lors de la privatisation de la Régie Nationale des Chemins de Fer du Cameroun. (Régifercam)
La manoeuvre en cours qui consisterait par un avenant au cahier des charges à aider à l'endettement du Cameroun auprès de la France pour financer les opérations commerciales de ce groupe seront dénoncées auprès du gouvernement français par mon parti politique, le RDMC. Une telle pratique ne sert ni la France dont les impôts seraient spoliés, ni le Cameroun dont les impôts de ses citoyens financeraient sous couvert des deux Etats, des intérêts commerciaux privés.
Monsieur le Président,
Avant d’interroger le cahier des charges et la qualité de transport par train de notre pays confié au groupe Bolloré et autres intérêts financiers qu'il faut interpeller, il faut s'inquiéter gravement de la mauvaise qualité d'entretien du réseau ferroviaire qui est vainement décriée. La promiscuité d'affaires indécentes de ce groupe avec certains plus hauts dirigeants du pays, leur donne le sentiment de bénéficier d'une immunité inadmissible devant l'irrespect de leurs obligations contractuelles qui aboutit aujourd'hui à ce drame. J’aimerais tout d’abord exprimer ma très vive compassion à l’endroit du peuple camerounais et des familles des victimes de ces drames qui nous frappent en cette période de grande misère généralisée.
J’ai une pensée extrêmement forte pour tous ceux qui ont perdu la vie ou leurs biens au cours de ces accidents dramatiques.
En pareille circonstance, nos populations ont besoin d’être rassurées, d’être secourues par l’Etat ou simplement du réconfort de leur leader. Et là le président est non seulement absent, mais silencieux.
C’est ce réconfort moral que j’entends leur apporter, en ma qualité de Président national du RDMC, par cette lettre ouverte, en interpellant simultanément le Président du Cameroun afin qu'il s'adresse au peuple du Cameroun frappé par ce deuil. Il s'agit d'un manquement grave en tant que chef de l'Etat que de ne pas le faire.
Les médias internationaux les plus lus dans le monde nous ont appris que vous êtes en vacances dans une ville balnéaire de France où il n’y a pas quelques semaines vous étiez en visite officielle que vous avez prolongée de plus de 5 jours au-delà du délai officiel. J’aime vous dire Excellence Monsieur Paul BIYA, que le prolongement de cette visite après avoir pris congé de votre homologue a déshonoré le Cameroun.
Les hommes d’affaires que vous avez rencontrés par la suite auraient dû vous suivre sur votre territoire pour négocier leurs affaires sinon vous aviez la latitude de les recevoir dans l’intervalle de la visite officielle.
Votre visite en France nous apparaissait inopportune, injustifiable à l’approche des élections présidentielles dans notre pays, au moment où les Camerounais dans leur immense majorité englués dans la misère attendent avec impatience la concrétisation de vos « grandes ambitions » promises.
Pour notre part, cette visite a couvert le Cameroun de honte tant elle semblait revêtir une importance pour vous, qu’elle a finalement abouti à un échec diplomatique dont la symbolique protocolaire et l’embargo médiatique vous ont clairement signifié que vous n’étiez pas le bienvenu en France. Comment pouvait-il en être autrement d’un « ami stratégique supposé fidèle » engagé dans un accord de défense, alors que votre choix au Conseil de Sécurité des Nations Unies, pour le compte du Cameroun qui présidait ce Conseil de Sécurité lors de la guerre de l’Irak, soutenait la vision guerrière de Monsieur Georges BUSH contre celle française de Monsieur Jacques Chirac qui ne souhaitait pas la guerre ! Votre visite n’a rien apporté économiquement au Cameroun en dehors de la re-confirmation du C2D qui existait déjà ; le seul risque que le Cameroun court consiste à perdre ce C2D faute du respect par votre gouvernement et par vous-même des critères de gouvernance obéissant au standard de bonne gestion politique d’un pays.
C’est après cette visite en France dont un des temps forts aura été votre randonnée touristique à Bordeaux, que vous décidez donc d’aller prendre des vacances à la Baule dans un hôtel que vous auriez pu faire construire au Cameroun avec la même somme d’argent appartenant à notre pays, outrageusement dépensée en perte et profit pendant que les femmes continuent de faire des enfants dans des conditions de misère hospitalière des plus nauséabondes et que des jeunes sont minés par un chômage endémique sans aucun soutien public à l’auto-entreprise.
1 million d’euros soit 655 millions de francs Cfa, pour dormir dans des chambres d’hôtel pendant un mois me semble hors de portée d’un pays pauvre très endetté qui n’arrive pas à mettre en place toutes les institutions prévues par la Constitution. Il faut y ajouter les 340.000 euros par jour de location de votre avion qui attendrait au sol, soit plus de 200 millions Cfa par jour pendant 3 semaines ! Des vacances à plus de 4 milliards Cfa Monsieur le Président !!!
Quel pays voulez-vous laisser à vos enfants excellence?
Nous condamnons avec notre dernière énergie ces vacances dispendieuses et avons besoin d’explications sur la réalité de ces dépenses publiées par la presse internationale à la suite du comité catholique contre la faim et le développement sur des affaires similaires, bien que vous ne les donnerez pas... Mais dans des pays sérieux, ce scandale financier est un motif de démission.
Je vous demanderai Monsieur le Président par respect pour le peuple du Cameroun frappé par le deuil, d’interrompre vos coûteuses et scandaleuses vacances pour retourner au Cameroun vous occuper des cas d’accidents graves de ces trains qui déraillent successivement en provoquant tant de morts… Vous devez rester fidèle jusqu’au bout en 2011, date de la sanction démocratique de votre régime politique par le peuple, à votre engagement solennel de protection du Cameroun, de ses citoyens, de leurs biens et de l’intégrité de son territoire, contenu dans votre serment prêté devant notre peuple en Octobre 2004. Ce peuple est encore aujourd’hui frappé par un grave sinistre devant lequel vous êtes si silencieux à travers votre message laconique tardif lu à la CRTV !
Je vous demanderai Monsieur le Président, d’interrompre vos vacances et de regagner le pays en urgence comme vous avez su avoir la promptitude de le faire lors de la prise d’otages français dans la presqu’île de Bakassi.
Monsieur le Président, quelques centaines de Camerounais sont morts par voie de transport ferroviaire dont le cahier des charges des privatisations n’est pas respecté. Vous devez vous pencher au chevet des victimes par des mots réconfortants.
Le RDMC exige que les responsabilités de ces accidents soient établies et rendues publiques.
J’adresse au peuple du Cameroun un message d’espoir, de réconfort et d’apaisement en attendant le moment ultime de la sanction démocratique qui mettra fin à tant d’années de mépris, de corruption, de concussion, d’injustices et de gabegie.
Cher peuple du Cameroun, je vous exhorte à un grand courage et je vous prie de faire vôtre la maxime suivante: quelque soit la longueur de la nuit, le jour finira par se lever et notre pays connaitra la modernité.
Le Président du RDMC.
Paris le 31 Août 2009
Pierre Mila Assouté.
Ampliation:
Assemblée nationale du Cameroun
Cellule africaine de l'Elysée
UE
Président du MEDEF